Sortir du Brouillard de Guerre : Reconstruire, S’épanouir, Trouver l’Espoir

J’ai cru tellement de choses, pendant si longtemps.

Dans l’enfance, j’ai cru que j’étais fou, anormal, idiot. J’y ai été bien aidé par mes instits. Ensuite, j’ai cru à beaucoup d’autres idées, par moi-même ou parce qu’on me les a balancées : que j’étais bizarre, déficient, ivrogne, ou tout simplement un pauvre type. Quelqu’un qui s’apitoyait sur son sort. J’étais toujours trop ceci, trop cela, pas assez comme ça. Pas comme il aurait fallu. J’ai cru toutes ces conneries. J’ai cherché pendant 30 ans ce qui n’allait pas chez moi, en me torturant mentalement, en me scarifiant psychologiquement. Plus grave, j’ai parfois cherché à valider l’idée que je dysfonctionnais, ce qui m’a mené sur de sombres chemins.

Finalement, je crois avoir déroulé la pelote, je pense être revenu au point zéro. Ça ne s’est pas fait d’un coup. Il a fallu éprouver de nombreuses hypothèses, les rejeter quand elles étaient erronées, en chercher d’autres, revenir en arrière, sortir du brouillard de guerre

Et demander de l’aide.

D’abord, il y a eu le trauma, dans l’enfance. Le trauma constitue le point zéro. Car c’est lui qui a déclenché le mode panique. L’anxiété s’est mise en route à cet instant, tel un système de secours. Activation du module de défense, qui n’avait qu’un seul objectif : me sauver. L’anxiété correspond à une hyperactivité du système : hypervigilance, fonctionnement cérébral accru, hypersensibilité. Cela afin de faire face aux dangers et aux menaces. Le trauma avait créé cette illusion que la menace était constante. L’anxiété, elle, explique tout : cette impression de vivre en état de guerre. Cette impression de survivre. Tous les symptômes qui en ont découlé s’expliquent aussi : les insomnies. Cette impression d’étouffer. La boule dans la gorge. La boule dans le ventre. Les angoisses. L’impression diffuse d’être scruté, épié, jugé en permanence. Les problèmes de sexualité et de rapport au corps. Le sentiment de mort imminente. La certitude de souffrir d’une maladie grave. Les accès de déprime. Puis la dépression, le burn out. L’écroulement lent, mais palpable. L’impression de n’en faire jamais assez. La certitude qu’aucune réussite ne sera suffisante.

L’irruption du syndrome de l’imposteur.

L’exagération des échecs.

La négation des réussites.

Le découragement.

Le désespoir.

Puis les maux de têtes, les nausées, les vertiges.  

J’ai cherché des causes physiques aux vertiges. Il n’y en avait aucune. Pas de trouble vestibulaire. Oreille interne nickel. J’étais parfois dans la rue et j’avais l’impression de flotter. Je me voyais de l’extérieur. Les sons se brouillaient. Tout devenait vague. Je tremblais. Je me désincarnais. Déréalisation, dépersonnalisation. J’ai appris que ces expériences étaient réelles, documentées et créées par l’anxiété.

J’ai finalement compris ce qui se passait : le mode survie était resté enclenché. Le mode panique était devenu le quotidien. Mais qui pourrait vivre ainsi ? Traqué, sous pression constante ? 

On ne peut pas.

On m’a catégorisé avec plein d’adjectifs : j’étais stressé. Impatient. Nerveux. Colérique. On m’a suggéré des solutions : c’était dans ma tête. Ça passerait. Il fallait voir le bon côté des choses. Si ça n’allait pas, je n’avais qu’à me convaincre de l’inverse. Je me plaignais sans raison.

J’ai entendu de belles phrases, j’ai lu des bouquins mettant en avant cette pensée positive qui ne sert que les bien portants : les défaites pavent le chemin du succès. Ce qui ne tue pas te rend plus fort. La pensée positive se base sur une phraséologie de vendeurs de bagnoles retapées à la va-vite. La question n’est pas d’obtenir du succès, de l’argent ou une grande réussite sociale. Il s’agit de vivre libre. L’OMS définit la santé comme : « un état de complet bien-être physique, mental et social, qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité« . Une définition qui passe toujours mal. Souvent, si on fait part de son mal-être mental, on se heurte à un scepticisme plus ou moins conscient, voire à une franche hostilité. Alors, on évite d’en parler. On fait semblant. Et on s’enfonce davantage. On se juge, on se fait du mal. On se voit comme un être indigne, un lâche, un « pauvre type ».

Je savais que quelque chose clochait. J’avais compris que je ne vivais pas la même expérience de réalité que beaucoup de mes congénères. Mais je pensais que j’étais atteint d’un trouble mental. Avant que je comprenne que je souffrais en réalité d’anxiété généralisée, et que mes symptômes physiques n’avaient rien à voir avec la Covid longue que j’accusais.

Pourquoi je ne l’ai pas vu plus tôt ? À cause du brouillard de guerre. 

Le brouillard de guerre : C’est ce voile qui nous cache la réalité.

Le trouble d’anxiété généralisé, devenu chronique, continue à faire tourner le système en surrégime. Mais le système s’épuise. D’où l’aggravation des symptômes. Les comportements problématiques induisent leurs propres conséquences. Par exemple, pour se sentir bien en société, on picole. Mais l’alcool, cette béquille utile à petite dose, devient néfaste à haute dose et crée ses propres catastrophes. Le mode survie provoque de multiples défaillances, et en vient au bout du compte à menacer celui qu’il cherche à sauvegarder.

Alors, comment en sortir ? Car oui, on peut en sortir. C’est la meilleure nouvelle que vous lirez aujourd’hui si vous vous reconnaissez dans ce portrait.

L’anxiété n’est pas une ennemie. Elle est au contraire une amie et une alliée. Lorsque tout allait mal, que la solitude et la souffrance étaient la réalité, l’anxiété était la seule présente. Elle nous a permis de continuer, de survivre, d’avancer. Il faut la reconnaître et l’accepter pour ce qu’elle a fait de positif. 

Puis, il faut admettre qu’elle n’est plus nécessaire. Nous avons survécu, et même bien plus que ça. Nous ne sommes plus en danger. Les menaces qui ont provoqué le trauma ne sont plus là, ne peuvent plus rien nous faire, elles ont cessé d’exister. Il est alors temps de demander de l’aide. De se voir sans jugement, mais avec bienveillance, et de se rendre compte que l’on est ni meilleur, ni pire que les autres. On n’est ni trop ceci, ni pas assez cela. On est comme on est, avec des qualités et des défauts, et comme tout un chacun, on mérite de trouver notre place et d’atteindre le bonheur. Mais on a besoin d’un coup de main pour se sortir du brouillard. Et il faut alors s’offrir cette opportunité : celle de s’en tirer.

Je pense à mes enfants. Des dizaines d’années d’introspection m’ont permis de lever le brouillard et de voir la réalité, nue, essentielle : ce que je veux, c’est trouver la force de vivre. Cesser de survivre, mais vivre libre, enfin. Briser le cycle maléfique qui empoisonne les générations et se propage comme un virus. J’aime tellement mes enfants que je me sens prêt à mourir pour eux, mais je sais que préfère d’abord vivre pour eux. Plutôt que de mourir pour eux, je préfère chercher la force de ne pas leur léguer cette dette qui n’en finit plus, et dont personne ne semble vouloir s’acquitter : le silence, la culpabilité, l’humiliation, la domination, le règne du masque, la république de la solitude. Je ne veux pas être un parent toxique, mais au contraire, les accompagner, les guider, les soutenir. Me tenir à leurs côtés dans les bons moments et les mauvais. Ne pas fermer les yeux quand ils pleurent. Ne pas me boucher les oreilles quand ils appellent à l’aide. Ne pas leur donner à vomir ces formules prêtes à l’emploi : ça va passer, ce n’est rien, c’est dans ta tête.

Bien sûr, que c’est dans ta tête. Mais ce n’est pas pour ça que ce n’est pas réel.

Non, ce n’est pas rien. Si ça te fait quelque chose, alors ça n’est pas rien.

Non, ça ne passera peut-être pas, en tout cas pas sans aide, pas sans qu’on t’écoute, qu’on te considère avec respect. 

Lorsqu’on fait taire l’anxiété qui nous ronge, qu’on dissipe le brouillard de guerre, on entrevoit enfin cette lumière qui brille au loin, et qui indique l’espoir. 

Alors, tu vois, c’est vrai : finalement, peut-être que demain ne sera pas si mal.

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