Je n’ai jamais fait mystère de mon admiration pour les écrits de Howard Philips Lovecraft et de Stephen King. Différents dans leur style d’écriture, leur époque ou leur personnalité, ces deux mythes de la littérature américaine m’ont fortement influencé. Ils ont la particularité de m’avoir donné le goût de la lecture. En effet, les lectures imposées par l’école ne m’inspiraient pas vraiment. Sans doute parce qu’elles étaient exigées d’une part, et parce que ça venait d’une institution que je méprisais d’autre part. L’école restait pour moi cet endroit où l’on avait décrété que j’étais stupide et que je ne ferais rien de ma vie. Comment aurais-je pu faire confiance à son jugement pour ce qui concernait la lecture ?


Ces deux auteurs originaires de la Nouvelle-Angleterre ont tout changé. HPL d’abord, que je découvris grâce à un de mes rares amis du collège, qui m’initia au jeu de rôle L’appel de Cthulhu. Emballé par cet univers, je m’étais plongé dans ces récits mystérieux et terrifiants, saturés d’adjectifs et de phrases à rallonge, dans un style désuet qui me paraissait très dépaysant. Après avoir dévoré ses œuvres les plus importantes, j’avais ressenti le besoin de lire des romans. Sur les conseils d’un libraire, j’avais acheté Marche ou crève. Ce fut une claque mémorable. J’avais ensuite enchaîné les romans de King comme un goinfre, passant même certaines nuits blanches en compagnie de ses personnages torturés.

Aujourd’hui, j’évite de les relire, de peur d’être déçu. Les romans les plus récents de King ne m’ont d’ailleurs pas emballé, exception faite de 22/11/63 que je trouve magnifique. Mais ce que ces deux auteurs m’ont apporté ne s’effacera jamais. Ils m’ont fait aimer la littérature, tout simplement. Et cet amour inconditionnel ne me quittera plus jamais. Je me méfie des idoles, des héros. Je connais trop l’être humain pour ne pas savoir que chacun d’entre nous luttons contre nos parts sombres, et que l’idolâtrie mène à l’aveuglement. Mais certains humains nous font rêver, nous inspirent. C’est quelque chose d’essentiel, de positif, que l’on peut apprécier tout en gardant un regard critique.
Cette longue introduction pour vous parler de mes voyages sur les terres de HPL et SK, la Nouvelle-Angleterre. Résidant à Montréal, il serait insensé de ne pas se balader dans ce coin sublime, qui entretient des rapports profonds avec le Canada. En effet, suite à la signature du traité de Paris en 1783, qui confirma l’indépendance des USA, environ 40 000 néo-américains fuirent vers les colonies de Grande-Bretagne, effrayés à l’idée de perdre le mode de vie auquel ils étaient habitués. Appelés Loyalistes, ils se réfugièrent en majorité en Nouvelle-Écosse, poussant à la création du Nouveau-Brunswick. Approximativement 8000 de ces loyalistes trouvèrent refuge au Québec, ce qui provoqua quelques frictions avec les francophones catholiques (et qui explique en partie quelques problèmes actuels).
Providence – Berceau de HP Lovecraft
En été 2023, nous avons donc entrepris un road trip qui nous mena d’abord à New York, puis dans la plupart des états de la Nouvelle-Angleterre : Connecticut, Massachusetts, et donc le Rhode Island, où se trouve la ville de Providence, berceau de Lovecraft. Le Rhode Island a la particularité d’être le plus petit état des USA, et l’un des plus pauvres. Ville la plus peuplée de Nouvelle-Angleterre après Boston, Providence personnifie les paradoxes extrêmes qui caractérisent l’Amérique : une ville très pauvre (28,2 % de la population vit sous le seuil de pauvreté), mais où l’on trouve l’Université Brown, qui fait partie de la prestigieuse et ultra-sélective Ivy league. Une ville gorgée d’histoire (elle est l’une des plus anciennes villes anglophones fondées aux USA et fut le lieu de la première bataille officielle entre britanniques et indépendantistes), mais qui peine à trouver sa place dans le monde moderne.





En dehors de la vieille ville et du campus de l’Université Brown, la ville se constitue pour l’essentiel de bâtiments plus ou moins défraîchis, de parkings, d’épiceries vieillottes.
Parcourir les rues de Providence laisse une impression étrange. Deux univers semblent coexister sans se rencontrer, séparés seulement par quelques blocs. HPL, lui, demeure au calme dans le très beau cimetière de Swan point. Une simple plaque sur le campus rappelle qu’il était un enfant de Providence. La maison dans laquelle il vécut lors de ses années en Nouvelle-Angleterre est toujours debout. Elle est habitée et n’est pas visitable. On ne sent en réalité pas un grand engouement autour de l’auteur, aucune réelle envie de le mettre en avant. (Il paraît qu’il existe une statue de lui quelque part, mais je ne l’ai pas trouvée…)



Bangor – Ville de Stephen King
En juillet 2024, nous avons visité une partie du Maine, afin de compléter notre tour de la Nouvelle-Angleterre. Nous avons évidemment fait un passage par Bangor, ville où réside Stephen King, et dont il s’est inspiré pour créer ses bourgades imaginaires de Derry et Castle rock. Il est d’ailleurs amusant de constater que King ne ménage pas ses concitoyens du Maine, qu’il traite volontiers de bouseux dans nombre de ses bouquins. Ces derniers ne paraissent pas lui en tenir rigueur. En cela, King est très différent de Lovecraft. Bien que très attaché à sa région, il ne se complait pas dans la nostalgie d’une époque qui n’a probablement jamais existé ailleurs que dans les fantasmes de HPL. Il n’hésite ainsi jamais à critiquer ouvertement Trump, pourtant très populaire dans les cantons du nord du Maine, notamment à Bangor. En tout cas, c’est un défilé de touristes devant sa maison, qui s’arrêtent souvent juste le temps d’une photo, sans même couper le moteur de leur voiture.



Le reste de la ville, je vous en parlerai dans un prochain article qui couvrira plus largement nos road trips en Nouvelle-Angleterre. Disons en résumé qu’il y a beaucoup de parkings, que la bière y est hors de prix, qu’un authentique cinglé m’a fait penser à un personnage de King. En gros, ça ne fait pas très envie. Mais c’est aussi ça, l’Amérique.
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