Postulat de départ : Vous écrivez, et vous avez décidé de partager votre roman au grand public. Vous vous sentez plus ou moins sûr de vous, mais vous êtes déterminé. Après tout, vous avez lu quantité de blogs d’auteurs, vous en suivez un grand nombre sur les réseaux sociaux, en bref vous avez deviné que ce ne sera pas un long fleuve tranquille, mais vous avez la flamme.
(Cet article est écrit au masculin pour alléger le texte, mais peut-être lu au féminin. Mon site internet se veut un espace bienveillant et tolérant dans lequel l’expression de chaque inidividu sera respectée.)
Votre roman est maintenant publié, félicitations (ce que je viens de faire s’appelle une ellipse). C’est un accomplissement en soi ! Vous avez fait preuve de ténacité, vous avez cru en vous, et c’est admirable. Il est donc naturel de ressentir de la fierté, et beaucoup d’amour pour votre bébé de papier. Vous voilà le papa ou la maman aimante de ce nourrisson pour lequel vous projetez un avenir grandiose.

Au début, tout se passe bien, bébé prend du poids, les critiques de vos betas lecteurs / relecteurs / correcteurs / chroniqueurs affluent et sont globalement positives. Vous avez des étoiles dans les yeux, des papillons dans le ventre et vous avez même troqué le whisky contre le thé vert.
Jusqu’à ce que le drame survienne (généralement, après 30 minutes de film ou vers la page 50 : on appelle ça un noeud dramatique).
XoR789 (le nom a été modifié) déboule avec ses gros sabots, son absence de compréhension des règles élémentaires de la grammaire et de l’orthographe, et vous expédie un vieux scud des familles. Vous ne l’aviez pas vu venir, celui-là ! Vous imaginiez que le monde entier accueillerait votre nouveau-né avec bienveillance, en lui faisant des gazouillis sous le cou et en prenant des voix chelou. Peinard dans votre cosy, un thé vert à la main, vous réfléchissiez à la future famille nombreuse que vous n’alliez pas manquer de créer. Mais XoR789 vous ramène à la réalité, au monde impitoyable de la création littéraire et au whisky sec. Non, tout le monde ne va pas s’extasier devant votre nourrisson. Non seulement certains ne vont pas l’aimer, mais ils ne manquent pas de moyens pour propager leur parole : Facebook, Insta, Threads, X, Babelio, Sens critique, c’est un arsenal disponible 24h/24 et 7 jours / 7.

On va tenter de décoder un peu tout cela. Tout d’abord, je vais vous rassurer : Si XoR789 existe bel et bien, vous allez découvrir qu’il ne se cache pas forcément là où vous croyiez (ce que je viens de faire s’appelle une promesse narrative). Revenons avant cela au postulat de départ : Cela fait partie du jeu de s’exposer à la critique lorsque l’on publie un roman. Que vous le vouliez ou non, à partir du moment où vous décidez de publier, vous entrez dans un BUSINESS. Peut-être que ce mot vous écorche les oreilles (c’est mon cas). Votre idéal littéraire et artistique se heurte peut-être aux arcanes du commerce (c’est mon cas). Mais que vous le vouliez ou non, une fois publié, votre livre devient un produit et vos lecteurs deviennent vos clients. Plus tôt vous intégrerez cette prémisse de base, plus tôt vous serez en mesure de réagir aux critiques avec détachement. Ne faites pas comme moi, qui ai mis quinze ans à ne pas le comprendre (je commence seulement à l’accepter). Les personnes qui achètent votre livre ont des attentes. Si celles-ci sont déçues, il est possible qu’elles l’écrivent. C’est leur droit. Elles ne vont pas nécessairement se soucier de l’impact de leurs mots ou de la manière dont elles l’expriment.
Les critiques positives, c’est bien. Elles flattent l’égo et favorisent les ventes de votre livre. Certaines d’entre elles vont faire votre journée. Vous voyez, il n’y a pas grand-chose à dire de plus à leur sujet. Vous voulez récolter le plus possible de critiques positives, c’est légitime. Pourtant, aucune critique positive ne vous fera oublier les critiques négatives. Celles-ci, je les classe en deux catégories : Les critiques constructives et les critiques destructrices.
La critique constructive. En général, elle est rédigée par un connaisseur, voire un érudit, une personne qui sait s’exprimer, qui a des références dans le genre auquel appartient votre oeuvre, et qui fait l’effort d’écrire un texte argumenté. Pour autant, ce rédacteur livre souvent le fond de sa pensée et n’hésitera pas à tirer à boulets rouges si nécessaire. Ces critiques vont vous titiller. Mais elles sont précieuses et peuvent vous aider. D’une part, elles montrent aux lecteurs potentiels que votre texte est lu et provoque des réactions. Un roman avec 55 avis uniquement positifs semble toujours un peu suspect… En outre, en posant le doigt sur certains points faibles de votre texte, le chroniqueur va vous aider à repérer des axes d’amélioration possibles. Ce n’est pas ce que j’appelle une mauvaise critique. À partir du moment où le chroniqueur reste bienveillant et poli, que ses arguments sont étayés, considérez qu’il a surligné à votre intention des éléments qui clochent, que vous pourrez rectifier dans un prochain récit (si vous trouvez qu’il a raison). Vous pouvez également ne pas être d’accord avec ses remarques, mais reconnaître qu’elles sont exprimées de manière civilisée et qu’au bout du compte, ce chroniqueur a pris le temps de réfléchir à votre travail.
La critique destructrice. XoR789 est de retour. Vous le craignez plus que tout. Voilà un client insatisfait, qui le clame, mais qui à l’inverse du chroniqueur ci-dessus, ne va pas mettre de formes ni effectuer de recherches de fond. Il se contente de vous démolir. Ce peut être une phrase lapidaire (je ne comprends pas comment un roman aussi naze a pu être publié, poubelle), un adjectif expéditif (nul), un jugement péremptoire (je ne lirai plus jamais rien de cet auteurice), voire aucun argument, mais une seule étoile sur Amazon qui va plomber votre référencement. Si argumentation il y a, elle peut se révéler d’une mauvaise foi totale. Il est même possible que XoR789 n’ait pas lu un seul de vos livres, mais qu’il décide de s’en prendre à vous sur un réseau quelconque. XoR789 n’effectue pas un travail journalistique. Il exprime son mécontentement et il le fait sans prendre de gants. Ses intentions sont nébuleuses : il n’a pas aimé ce que vous avez dit dans une interview. Il écrit lui aussi et cherche à nuire à la concurrence que vous représentez, ou bien il ne supporte pas sa frustration éventuelle. C’est peut-être juste un troll à la recherche d’une cible : oui, ces cas de figure sont possibles, ils existent. Mais la vérité se trouve peut-être ailleurs. XoR789 pourrait simplement être un client mécontent, qui note votre produit comme il le ferait de n’importe quel autre achat. Il ne fera pas d’effort particulier pour écrire une critique constructive, parce qu’il n’en voit pas l’intérêt. Et c’est en réalité votre ressenti qui, dans ce cas précis, peut provoquer des dégâts et vous plonger dans une déprime plus ou moins longue. Tadam : peut-être que c’est vous-même qui créez XoR789 ! (ce que je viens de faire s’appelle un rebondissement, et il répond à la promesse narrative faite plus tôt).

L’impact psychologique. Je ne connais aucun auteur qui aime recevoir une critique négative, qu’elle soit constructive ou destructrice. Ce n’est jamais agréable. Mais on l’a vu, ça fait partie des règles. La manière dont vous y réagirez dépendra de multiples facteurs. J’ai une révélation pour vous : C’est vous-même qui déterminerez la force de cet impact. Vous n’êtes pas responsable de la déception d’un lecteur et de la manière dont il l’exprime. Par contre, vous êtes responsable de la manière dont vous le recevez. Par « responsable », je veux dire que c’est la manière dont vous construisez vos schémas mentaux qui va déterminer votre réponse psychologique. Reprenons l’image initiale : si votre livre est votre bébé, vous percevrez chaque critique négative comme une agression envers ce bébé et envers vous-même, son créateur. Vous le prendrez personnellement et vous chercherez à protéger votre nourrisson. Creusons plus loin dans cette direction : si vous souffrez d’un trouble d’estime de soi, cette critique causera une déflagration, qui va vous ramener aux multiples précédents du même genre. Toutes ces critiques vont s’aggripper à vous, s’accumuler, devenir un poids. Ce poids va amplifier l’impact de la prochaine critique négative. Vous y réagirez d’une manière excessive, parce qu’en réalité, c’est votre identité et votre personnalité que vous chercherez à défendre. Il ne s’agit pas de votre oeuvre : il s’agit de vous-même. Quelle sera la suite ? Vous voudrez répondre à la critique. Vous allez argumenter, vous allez vous braquer. Vous allez vous justifier. Vous allez perdre de vue que la personne en face de vous est un client. Ce n’est pas vous qu’il critique : il a exprimé sa déception ou son mécontentement face à un produit qui ne lui a pas donné satisfaction, qui n’a pas répondu à son besoin. Vous vous enfoncerez dans une guerre de tranchée sans issue, avec l’objectif de lui prouver que vous, en tant qu’individu, avez de la valeur. Non seulement vous ne ferez pas changer d’avis votre interlocuteur, mais vous prenez le risque de faire flamber votre colère (réaction à l’attaque de votre identité) et au final, vous passerez aux yeux des témoins de cet échange pour un auteur égocentrique incapable d’accepter la critique. Alors que le problème n’est pas là. En réaction, vous vous en voudrez, de cette image que vous avez abîmée, mais aussi et surtout de ne pas vous comprendre vous-même. Cet épisode vous ramènera aux multiples épisodes antérieurs qui sont comparables. Vous voilà embarqué dans un cercle vicieux, une vrille dont il devient difficile de sortir. Image de soi abîmée > critique négative > attaque sur l’image de soi > réaction de défense > détérioration de l’image de soi > etc…
La conséquence, à terme, sera l’apparition ou l’amplification de l’auto-sabotage dont vous êtes peut-être déjà la cible (voir mon article à ce sujet).

La réponse à donner aux critiques négatives. Si vous ne vous reconnaissez pas du tout dans le chapitre précédent, cela signifie que vous avez une estime de soi suffisament forte pour ne pas vous sentir menacé par une critique négative. Vous faites la part des choses, vous savez tourner la page et vous concentrer sur votre planning et sur vos soutiens. Il s’agit d’une force non négligeable lorsque l’on se lance dans ce business. A l’inverse, si vous vous reconnaissez dans ce tableau, j’ai plusieurs choses à vous dire. La première étant qu’il ne faut pas desespérer. Ce type de schéma n’est pas une fatalité ! Mais il ne va pas se défaire tout seul. Vous aurez besoin de soutien. Vous devrez aussi cesser de vous juger : Non, vous n’êtes pas anormal(e), vous n’êtes pas fou, vous n’êtes pas égocentrique, vous n’êtes pas un(e) drama queen. Vous souffrez d’une estime de soi endommagée, ce qui n’est pas votre faute. Ce peut être pour de multiples facteurs. Ces facteurs, vous devrez les chercher, les comprendre, et vous ne pourrez sans doute pas y arriver seul(e). Vous devrez sortir des processus d’auto-dénigrement et cultiver la bienveillance envers vous-même. Dans mon cas, j’ai suivi plusieurs thérapies, qui m’ont révélé que j’avais un cerveau qui ne fonctionnait pas tout à fait de la même manière que la plupart des gens. Ce fonctionnement différent m’a occasionné de très nombreuses incompréhensions dès la petite enfance. Ces incompréhensions ont abouti à des incidents qui ont déglingué l’image de moi et la construction de ma personnalité. Plusieurs séances d’hypnose m’ont permis de remettre mes émotions à zéro et de me détacher de certaines attaches psychologiques. J’ai pu me défaire de nombreux poids. Pour autant, le code de fonctionnement de mon cerveau, lui, ne changera pas. Je suis hypersensible, entre autres choses. Un concept complexe que je ne vais pas développer ici, mais qui est mal compris et souvent confondu avec de la fragilité psychologique et une incapacité à gérer ses émotions. Bref, il y a queles jours, j’ai failli retomber dans mes anciens travers, à la suite d’une critique qui ciblait frontalement mon estime de moi (pour résumer : une accusation de plagiat – vite démentie). Cette critique fut suivie par les attaques virulentes d’une personne qui n’avait même pas lu le texte critiqué, mais qui avait décrété que je ferais mieux de ne pas écrire et que je faisais perdre leur temps aux lecteurs (sic). Ce genre de situation, chez moi, se paye au tarif de nuits blanche, de ruminations et de remises en cause hors de proportions (je vous renvoie vers mon article sur l’auto-sabotage). Cependant, cette fois, ce fut différent. J’ai failli retomber dans mes schémas. J’ai dérapé, reculé de plusieurs mètres, mais je ne suis pas tombé au fond. Je me suis raccroché in extremis, du bout des doigts. C’est une différence énorme. Et je sais que j’y suis parvenu grâce au travail effectué en thérapie et à travers l’hypnose.
Comment répondre à ces critiques : vous n’êtes pas tenu d’y répondre ! Personne ne vous y oblige. C’est d’ailleurs l’option la plus sage, surtout si vous êtes hypersensible, si vous avez mal dormi, ou si êtes dans un jour « sans ». Mais si vous tenez à le faire malgré tout, je vais vous offrir le conseil d’un ami expérimenté en relations publiques : endossez le rôle du vendeur qui fait face à un client insatisfait. Votre client a dépensé du temps et de l’argent pour votre produit. Dites-lui que vous êtes désolé que le produit n’ait pas répondu à ses besoins. Vous pouvez ajouter que vous espérez qu’il sera davantage satisfait la fois suivante. Cette réponse a deux avantages : elle désamorce d’emblée tout risque d’incendie en calmant les émotions négatives du client (et de vous-même). Et elle vous montre comme une personne ouverte, calme, capable d’accepter la critique. Vous en sortirez gagnant. Le type de réponse dépend en outre du média incriminé. Il est fortement déconseillé de répondre aux critiques Amazon ou Fnac, en bref des vendeurs en ligne. Pour Babelio, c’est à vous de voir. Tout comme pour les autres réseaux sociaux. Il n’est jamais agréable de voir son oeuvre se faire descendre en flèche sur un groupe FB qui rassemble une forte communauté. Il est légitime de vouloir répondre, mais posez-vous la question : Qu’est-ce que j’ai à y gagner ? Dans le cas cité précedemment, une accusation de plagiat, je ne pouvais pas laisser passer cela. Croyez-moi, je m’en serais volontiers dispensé. Mais l’attaque me semblait trop grave pour passer outre. L’auteur du post a modifié sa chronique suite à mes remarques, mais je m’en suis tiré avec du plomb dans l’aile : nuits blanches, ruminations, etc… Restons positifs : j’en ai tiré quelques enseignements. Le premier étant que plus vous avez de succès, plus on parle de vous.

En conclusion : La majorité des chroniqueurs sont bienveillants et fournissent un travail de qualité. Parmi cette énorme pouponnière que constitue le marché éditorial, ils aident à faire connaître votre bébé en papier. Ils vous donnent de la visibilité. Les critiques négatives peuvent être constructives ou destructrices, mais dans les deux cas, elles en disent parfois plus long sur vos schémas psychologiques que sur votre ouvrage. La manière dont vous les recevez peut vous éclairer sur votre fonctionnement. Une manière optimiste et constructive d’envisager les rapports humains, consiste à se dire que l’on peut tirer un enseignement de toute situation, et que cet enseignement sera profitable à l’avenir. Avant tout, ne perdez jamais de vue un élément essentiel : Le fait de recevoir des critiques négatives est le signe indéniable que vous êtes lu. Plus vous serez lu, plus vous recevrez de critiques. Être lu, c’est bien pour cela que vous avez choisi de vous lancer dans cette aventure un peu (beaucoup) folle, pas vrai ?

Laisser un commentaire