Ne jugez plus les personnes hypersensibles : mode d’emploi pour mieux les comprendre.

Aujourd’hui, vous entendez beaucoup parler d’hypersensibilité. Tant mieux. Cela signifie que les recherches en neurosciences évoluent et que l’on comprend de mieux en mieux le cerveau humain (il reste cependant beaucoup de travail). L’hypersensibilité n’est pas une maladie, ce n’est pas une mode, ce n’est pas une vue de l’esprit : elle définit une construction cérébrale dans laquelle les perceptions d’un sujet à son environnement sont plus nombreuses et plus complexes. Les mécanismes physiologiques de l’hypersensibilité restent encore mal définis. Ainsi :

Il n’existe pas encore de vision homogène de l’hypersensibilité à l’heure actuelle.

Par contre, ses conséquences, elles, sont connues, et touchent trois sphères de la personnalité : les caractéristiques sensorielles, cognitives et émotionnelles.

Une personne hypersensible va présenter plusieurs caractéristiques distinctes : les stimulis de l’environnement (bruit, odeurs, toucher) sont ressentis fortement. Au niveau cognitif, on dénote une attention accrue aux détails, un besoin de comprendre les choses en profondeur, et une tendance à réfléchir sans cesse (en clair, à se prendre la tête sans arrêt, voire à ruminer). Au niveau émotionnel, cela provoque une empathie élevée, un amalgame entre ses propres émotions et celles des autres, une intuition accrue, voire des pressentiments. Toutes ces caractéristiques génèrent une surexcitabilité qui induit une moins bonne résistance au stress, de la fatigue, voire de l’épuisement. Il est important de comprendre qu’il n’y a pas une personne hypersensible pareille qu’une autre, tout comme aucun être humain n’est tout à fait identique à un autre. Cela signifie qu’il existe différents degrés d’hypersensibilité et qui touchent plus ou moins ces différentes sphères. Mais il existe des traits communs, le premier étant que l’hypersensibilité est mal comprise et souvent confondue par l’entourage avec : une tendance à dramatiser, à exagérer, voire une victimisation. Une intolérance à la frustration, une fragilité, voire une faiblesse. Une chose reste certaine : les hypersensibles sont jugés, et ces jugements provoquent, précisément à cause de l’hypersensibilité, des dégâts psychologiques qui peuvent mener à l’anxiété généralisée, à la dépression, voire au suicide. En clair : les jugements affectent profondément la personne hypersensible, qui, lorsqu’elle ne connaît pas sa spécificité, va se juger elle-même et se croira folle, fragile, malade, ou tout cela à la fois, ce qui va impacter très fortement l’estime qu’elle aura d’elle-même. C’est ainsi que nous nous retrouvons avec des générations entières souffrant de troubles psychologiques, ce qui fait le bonheur des cabinets de psychiatrie, mais ne contribue pas au bon fonctionnement de la société. On estime le nombre d’hypersensibles à 15 à 30% de la population, selon les études. L’écart-type est important, néanmoins, c’est un nombre loin d’être négligeable.

Ces jugements et fausses perceptions sont dommageables, tant pour la société que pour les personnes hypersensibles elles-mêmes. Car l’hypersensibilité est en réalité un super pouvoir ! Comme tout pouvoir, il possède son revers, un prix à payer. Mais il est injuste que les hypersensibles n’aient à subir que les conséquences néfastes sans pouvoir profiter des traits positifs de leur construction cérébrale. Et ces traits positifs sont nombreux : leur grand empathie, leur sens aigu du détail, leur perfectionnisme, leur volonté de comprendre et de chercher en font souvent des professionnels compétents, investis, curieux, efficaces. Leur sensibilité hors norme en fait souvent des personnes très créatives, qui s’expriment facilement dans un ou plusieurs domaines artistiques.

L’hypersensible, une fois qu’il a découvert qu’il l’est, peut déjà se débarrasser d’un fardeau qui a pesé sur ses épaules depuis sont enfance : non, il n’est pas anormal, il n’est pas fou, il n’est pas malade. Il peut ensuite commencer sa reconstruction, avec l’aide de diverses thérapies ou aides. Cette étape va dépendre des dégâts qui ont été occasionnés. Moi, par exemple, j’ai passé plus de trente ans à me croire anormal et nul (oui, rien de plus, rien de moins), ce qui a saccagé mon estime de moi, invité le syndrome de l’imposteur et m’a conduit sur certaines routes sombres, et gâché pas mal d’opportunités. Il est compliqué de s’en sortir, mais ce n’est pas impossible (je vous ai parlé des bienfaits de l’hypnose dans un précédent article). Pour autant, certains schémas sont longs à déconstruire, la spirale de l’auto-sabotage n’est jamais très loin et il suffit de quelques déclencheurs pour vous faire reculer de plusieurs pas. Ces reculs sont durs à encaisser. Vous avez le sentiment que tout le travail que vous avez fait est fichu, que vous n’avez pas évolué, que vous retournez à la case départ. Hé bien, c’est faux. Ces reculs sont difficiles, oui, mais ils font partie du processus. Vous pouvez tout de même remarquer le changement. Ces reculs ne sont pas aussi violents, et durent pas aussi longtemps que par le passé. On ne va pas se mentir : c’est décourageant. Mais il ne faut pas baisser les bras, et surtout, il ne faut pas s’en vouloir. Souvenez-vous : parlez-vous avec bienveillance. Parlez-vous comme vous parleriez à un ami. Les hypersensibles, du fait de leur grande empathie, sont souvent des personnes vers qui les autres se tournent quand ça va mal… Pourquoi ne pas utiliser ce magnifique pouvoir sur vous-même ?

Récemment, j’ai été grandement affecté par plusieurs critiques assassines, postées sur les réseaux sociaux, qui m’ont accusé de plagiat. Ainsi, différentes personnes ont prétendu que l’Histoire de Vertigéo n’était qu’un vulgaire copié-collé « idiot » d’autres œuvres de SF. Vertigéo a beau avoir atteint les 8500 exemplaires écoulés, les critiques positives ont beau être nombreuses et diffusées dans des journaux de portée nationale, voire internationale (Paris match), ces quelques critiques malveillantes m’ont profondément impacté. Elles m’ont relancé dans mes vieux schémas, m’ont fait du mal, m’ont donné envie de tout laisser tomber. Elles mont ramené vers le « je suis nul, je suis anormal, je suis un imposteur » dont j’essaie de me défaire avec tant d’énergie. C’est difficile à encaisser. Les critiques elles-mêmes s’accompagnent de la culpabilité de ne pas être capable de s’en détacher. Vous voyez le genre de cercle vicieux : S’en suivent les ruminations, les pensées négatives, l’emprise du côté obscur, qui déborde sur le cadre familial, amical, professionnel.

Il est important, quand on se sait hypersensible, de construire des stratégies. Lorsque l’on se sait hypersensible, on peut agir sur la réception que l’on fait des stimulis : prendre du temps pour s’isoler brièvement, faire des exercices de respiration, pratiquer une activité physique régulière, prendre l’air et se promener dans la nature, se montrer attentif à son alimentation, à son sommeil, éviter les surstimulations (un paradoxe de l’hypersensible, sur lequel il y aurait beaucoup à dire), limiter sa consommation d’alcool, de caféine (ou autres substances), éviter les réseaux sociaux. Malgré tout, on reste humain, et parfois on ne se tient pas assez à ces stratégies, et le risque de dérapage n’est jamais loin.

Mais l’hypersensible ne vit pas sur une île déserte. Son entourage a également un rôle à jouer, qui est primordial. Ce que je vous conseillerai en premier lieu, si vous faites face à un hypersensible en crise émotionnelle, ce serait de ne pas le juger. N’essayez pas de minimiser ses ressentis. N’essayez pas de le faire sortir de sa crise : c’est le meilleur moyen de l’y enfoncer. Et surtout, s’il-vous-plait, ne lui dites jamais : « c’est pas si grave, tu exagères, tu dramatises, ta réaction est disproportionnée » ou pire encore : « tu prends toujours tout mal, tu es ridicule, tu ne vas jamais changer », en bref, ne le catégorisez pas ! Il n’y a rien de pire. Si vous le faites, ne vous étonnez pas que ça se termine mal. Comprenez cela : non, il ne changera pas. Il ne peut pas modifier sa construction physiologique. Il ressentira toujours fortement une mauvaise critique (par contre, il peut apprendre à mieux en gérer les conséquences). Si vraiment vous n’arrivez pas à le supporter, posez-vous la question de la réalité de votre amitié envers cette personne… L’hypersensible en crise a besoin de vous. Ne le jugez pas. Soyez là, c’est tout, rien de plus. Montrez-lui que vous êtes là et que vous l’acceptez tel qu’il est. Un simple message du genre :

Je ne peux pas me mettre à ta place, mais je vois que ça a l’air difficile. Je compatis, et je suis là pour toi. Courage.

Une simple phrase comme celle-ci suffit à générer une force que vous ne soupçonnez même pas.

En tant que personne hypersensible et auteur, j’ai écrit cet article pour vous aider à mieux comprendre ce qui se passe dans nos têtes. Quel impact peut avoir une critique malveillante et dans quel genre de boucle mentale négative cela peut me plonger, sans que ce soit une exagération ou une mise en scène. Comme pour tout, je crois beaucoup en la pédagogie et en l’éducation. Ce n’est qu’ainsi que nous pouvons changer les mentalités, et changer le regard sur les atypismes (d’ailleurs, je n’en ai pas parlé ici, mais l’hypersensibilité se double très souvent d’autres atypismes : HPI, TDAH, TSA, etc…).

Si vous devez retenir une chose, ce serait ceci : Il en faut peu à l’hypersensible pour se retrouver une crise émotionnelle, mais il lui en faut également peu pour s’en sortir. Et vous pouvez facilement l’enfoncer ou bien l’aider.

Deux liens parmi les dizaines disponibles, pour aller plus loin :

https://www.css.ch/fr/clients-prives/ma-sante/corps/corps-merveille/hypersensibilite.html

https://www.la-clinique-e-sante.com/blog/hypersensibilite/7-signes-meconnus

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