Les marchands de vent

🧐La littérature mainstream est une industrie, qui répond aux mêmes règles marketing que n’importe quelle autre industrie. On est en 2025 : un bouquin, c’est la même chose qu’un sachet de chips. Je suis heureux que grâce à Chat GPT, on mette un terme à cette hypocrisie qui voudrait nous faire croire l’inverse. Ce qui me pousse à écrire ce texte rageur et naïf, ce sont deux évènements concomitants. D’abord, une pub que le vent des algorithmes a fait échouer sur la plage de mes scrollings :

ChatGPT has made the process of writing a best-selling book easy.
But once the book is written how do you get it published and selling?
Designrr has unleashed a software that allows you take your ChatGPT content, blogs, word docs, etc and with lightning fast speed and customizable templates convert them into stunning ebooks.
Once published, simply upload it to Amazon and start selling !

(on peut en conclure que les algorithmes sont sacrément cons, s’ils n’avaient pas encore capté que je suis un radical left lunatic de la pire espèce et que leurs produits de destruction intellectuelle ne m’intéressent pas.)

🤑Je ne vais pas traduire la pub (vous pouvez demander à une IA, ah ah), mais en résumé, cette boîte, Designrr, vous propose de mettre en forme le contenu que vous demandez à Chat GPT, afin de le vendre en deux clics sur Amazon (et d’en faire un best-seller, ça va de soi). Exemple : vous demandez à ChatGPT d’écrire un livre de recettes de cuisine, vous fourguez le texte produit à Designrr (ou un de ses concurrents) et ce dernier vous moule à la louche sous les aisselles numériques un livre prêt à fabriquer. Vous foutez ça sur Amazon, puis vous n’avez plus qu’à suivre le cours des cryptomonnaies (ou charger une boîte spécialisée de s’en charger moyennant une com’) et à identifier un paradis fiscal pour y placer vos revenus. Les seules touches que vous aurez usées sur votre clavier auront été CTRL C et CTRL V.

😵‍💫Les techno entrepreneurs vendent du vent à des éoliennes, qui les recyclent vers les nuages, qui les transforment en pluie, qui les vendent aux marchands de parapluies, et la boucle de notre stupidité est bouclée.

Ce système m’enchante chaque jour par sa capacité à se réinventer sans cesse, et à nous proposer de nouveaux besoins inutiles, surgis d’addictions hormonales elles-mêmes créées par ce système. La dopamine n’a jamais circulé en telles quantités, on pourrait en remplir de pleines piscines. Ou la mettre en bouteilles. Pour la vendre.

Si les cataclysmes nucléaires, écologiques ou épidémiques ne nous ont pas tous tués, vous pouvez vous attendre à voir déferler sur les étals 2.0 une avalanche de bouquins ineptes, écrits et fabriqués sans qu’aucune réflexion humaine n’ait été impliquée à aucun moment. Et le plus beau, c’est qu’ils pourront être créés à la chaîne. On pourra ainsi automatiser ces processus. Ce n’est pas un seul livre de cuisine que vous pourrez publier, c’est une dizaine. Une vingtaine. Par jour. (vous pourrez varier vos repas !)

Vous allez me dire : « où est le problème ? Ça n’empêchera pas les vieux pourris de gauche dans ton genre d’écrire leurs récits dystopiques honteusement orientés ». Et c’est vrai. Pourtant, nul besoin de hautes connaissances en arithmétique pour comprendre que s’il est difficile de faire exister son livre parmi 60 000 autres, ce sera encore plus difficile si on ajoute des tas de zéros. Et que fatalement, ce sera de plus en plus difficile d’exister comme auteur et autrice (déjà que bon, on va pas se mentir, c’est pas exactement simple). Moins que zéro, comme l’écrivait un auteur que j’affectionne et qui sait décrire la vacuité de nos ambitions.

Mais cet autre évènement dont je vous parlais en introduction, quel est-il ? Une maison d’édition créée, développée et soutenue par des humains, vient de fermer ses portes. Les moutons électriques, emblème de la littérature de science-fiction française, a mis la clé sous la porte. Deux évènements en apparence sans rapport, mais qui au contraire, nous prouvent que le monde de la création a basculé pour de bon. À vous de juger si c’est pour le mieux.


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