• NeuroNext : le pitch

    Dans un univers dystopique, une corpo teste le prototype d’un implant révolutionnaire, censé décupler les capacités cognitives de son hôte. Mais sitôt implantée, la puce prend le contrôle du sujet-test. Poursuivant un but mystérieux, celui-ci se met à éliminer tous les ingénieurs en charge du programme. Alertée par cette série de crimes, une enquêtrice rejetée par sa hiérarchie corrompue se lance à la poursuite du cobaye défectueux. Elle trouvera des alliés inattendus auprès d’une ouvrière, témoin malgré elle, et de dissidents qui rêvent de construire un monde solidaire, libéré des corpos.

    NeuroNext est un thriller cyberpunk, qui reprend certains codes du genre et en démolit d’autres. Roman d’action situé dans une société cynique, il vise à offrir au lectorat l’adrénaline d’un récit sous haute tension en même temps qu’une réflexion sur le futur et sur le rôle des IA.

  • Rencontre avec Fabien Raimbault, auteur du cycle des Odysséens

    Il y a deux ans, Fabien Raimbault, créateur et dirigeant de deux importantes entreprises Françaises de robotique, ainsi qu’une des principales associations évoluant dans ce milieu, s’apprêtait à publier en édition indépendante le quatrième volume de sa saga de Science-Fiction « Les odysséens« . Alors que le cinquième et dernier tome est sorti voici déjà quelques temps, avec un succès éclatant, Fabien s’apprête à publier un nouveau cycle qui prolonge cet univers. L’occasion de ressortir cette interview fleuve, dans laquelle l’auteur se dévoile à ses nombreux lecteurs et lectrices !

    Bonjour Fabien ! Je te remercie d’avoir accepté de répondre à mes questions. Pour débuter, je vais te laisser te présenter.

    Tout d’abord, bonjour à tous. Parisien de naissance âgé de bientôt 43 ans, cela fait désormais 11 ans que je vis dans un petit village à 20 kilomètres au nord de Limoges. La venue au monde de notre premier enfant a été, pour mon ex-femme et moi, comme une révélation : Nous désirions offrir à notre enfant un cadre de vie paisible loin des tumultes de la ville. 

    Niveau études… Je crois qu’on peut dire que, d’une certaine façon, j’étais un élève extrêmement brillant ! En effet, j’ai passé 3 fois le brevet des collèges (oui, j’aimais beaucoup le programme de troisième) mais, comme j’adorais aussi la classe de Terminale, j’ai décidé de passer aussi trois fois le baccalauréat S, spécialité biologie. En fait, à cette époque, j’étais surtout intéressé par les filles et les flippers. Mais aussi par la programmation ! Aujourd’hui, on me qualifierait de « geek ». Je passais mes journées avec ma copine à jouer au flipper, et mes nuits à programmer. Heureusement, les quelques cours où j’acceptais de me rendre me permettaient de dormir. Sur un malentendu, j’ai réussi à intégrer un BTS informatique de gestion en alternance. Alors que je ne mettais jamais les pieds en classe, j’ai obtenu (du premier coup cette fois-ci) 20/20 à l’examen final. Depuis le plus jeune âge, je suis passionné par l’intelligence artificielle et je menais, de mon côté, des recherches qui ont débouchées sur des résultats significatifs. 

    Bref, après deux années passées en tant que prestataire de service informatique, je suis entré dans une grosse boite de statistiques médicales avancées, pour finir par diriger une petite équipe un peu fofolle d’une dizaine de personnes. Nous étions des sortes de Géo Trouvetou, mais on soulevait des montagnes avec trois fois rien. (Note de l’intervieweur : je garde le souvenir ému des parties de Counter Strike pendant la pause de midi, où j’ai eu la chance de me faire inviter !) Progressivement, nos algorithmes d’analyse heuristique devenaient de plus en plus complexes et performants. Jusqu’au moment où, avec deux amis et collègues, on a décidé de monter une association spécialisée dans l’intelligence artificielle et la robotique : l’association Caliban (qui est aujourd’hui une association majeure du domaine). De fil en aiguilles, notre association s’est vu ouvrir les portes de salons prestigieux. Nous nous sommes rendu compte que ce que nous fabriquions le soir sur la table de la cuisine, avec un budget dérisoire, n’avait rien à envier à certains laboratoires prestigieux et grandes entreprises. C’était une période exaltante. Faire jeu égal avec des mastodontes industriels à partir de trois bouts de ficelles et quelques centaines de milliers de lignes de code, on trouvait ça terriblement cool.

    Ensuite, avec certains membres de l’association, nous avons décidé de créer Cybedroid, une société dédiée au développement de robots humanoïdes de service. Mes associés ont accepté de me suivre à Limoges, où mon ex-femme et moi voulions nous mettre au vert, pour notre premier enfant mais aussi pour nous rapprocher de mes parents et beaux-parents. Pour résumer, les astres se sont alignés et tout tendait vers cette ville : volonté, opportunité, origine, etc…

    Durant presque 8 ans, j’ai vécu un rêve avec l’aventure Cybedroïd. Malheureusement, un investisseur foireux nous a forcé à mettre la clé sous la porte. Nous étions pourtant sur le point d’atteindre nos objectifs. S’en est suivi une période difficile de remise en question, doublé d’une séparation.

    J’ai alors décidé de donner corps à un autre de mes rêves : insuffler la vie à ces « Odysséens » sur lesquels je bossais en dilettante depuis plus d’une vingtaine d’années, et qui traitent de toutes mes passions : l’intelligence artificielle, la biologie, la musique, l’histoire, la conquête spatiale ou encore la robotique, sans oublier « 2001, l’odyssée de l’espace » et l’œuvre d’Isaac Asimov. 

    Tu es donc un écrivain de Science-fiction. Un genre qui regroupe de nombreuses sous-catégories : space opera, cyberpunk, hard science, militaire, uchronie, dystopie, solar punk, etc… Comment qualifierais-tu tes Odysséens ?

    S’il est indubitable que la majeure partie de l’histoire évoque un Space-Opéra, l’histoire se mêle aussi avec le style hard-SF, teinté d’une bonne dose d’uchronie. Il s’agit d’un mélange de genres. C’était une volonté de ma part que le tome 1 pose les bases d’une aventure épique, à la Star-Wars ou Star-Trek, pour revenir vers des considérations plus proches de nous dans les tomes suivants. Comme l’a justement fait remarquer un des lecteurs, les Odysséens sont tout sauf un récit choral. Je ne peux qu’être d’accord avec cette affirmation.

    Les Odysséens, ce sont également une multitude d’histoires à travers le temps (et non pas « un voyage dans le temps »), qui se mêlent et s’entremêlent. Certains personnages sont liés malgré la distance physique et temporelle qui les séparent. Sans trop en dévoiler, les Odysséens sont la biographie d’un des personnages, et pas celui auquel on s’attendrait au départ. Les lecteurs des trois premiers tomes ont apprécié de découvrir, petit à petit, qui en est le personnage central.

    Ta saga des Odysséens a fait un joli carton. Est-ce que tu imaginais rencontrer un tel succès quand tu t’es lancé ?

    Je pourrais la jouer modeste. Mais honnêtement, j’ai toujours nourri de grandes ambitions pour les Odysséens. Comme nous sommes amis, je ne vais pas te mentir. Je travaille sur ces livres depuis plus de 20 ans, et j’attendais le bon moment pour en écrire une version définitive. La faillite de ma société, combinée aux confinements à répétitions et à ma séparation, ont fait que c’était le bon moment !  

    La version publiée est la troisième réécriture d’une histoire qui, à l’origine, s’appelait « La menace », qui date des années 1999 à 2001. Ce n’était alors qu’un seul et unique volume. Puis, je me suis attaché aux personnages et à l’intrigue. Petit à petit, j’ai décidé d’approfondir tout cela car, moi-même, je voulais en savoir plus. Cela a débouché sur une trilogie intitulée « À 2000 années lumières de chez soi ». Finalement, j’ai voulu en savoir encore plus sur ces personnages. Alors, durant l’été et l’automne 2020, j’ai entièrement remanié le texte. Le résultat, ce sont « Les Odysséens », dont le premier tome est sorti au printemps 2021.

    Concernant le succès qu’il rencontre, j’en suis évidemment plus que ravi, et je dois avouer que cela est très gratifiant. Je n’osais pas en rêver même si, secrètement, je l’espérais. Constater que les Odysséens côtoient dans certains classements des œuvres que j’admire, constitue une magnifique récompense. C’est comme un rêve éveillé, qui me donne une force et une envie de poursuivre l’aventure. Chaque matin, depuis plusieurs mois, quand je me lève et que, en buvant mon café, je vois que les trois premiers tomes des Odysséens sont dans le top 10 Amazon aux côtés d’Asimov ou Herbert, je respire un grand coup et je reprends la rédaction/relecture/correction/modification du chapitre en cours avec un sourire idiot figé sur mes lèvres (dixit mes enfants).

    Quand as-tu commencé à écrire ? Quel est ton style d’écriture ?

    J’étais un cancre, c’est vrai, mais j’ai toujours beaucoup lu et aimé écrire. Mon amour pour l’écriture tient en cette phrase : « Rhaaaa, c’est du Raimbault tout craché ! L’emphase des grandes envolées lyriques, encore et toujours. » En classe de seconde, j’ai en effet rencontré un professeur de français incroyable : Monsieur Rignault. Ce professeur n’avait de cesse de me réprimander. Il affirmait que j’avais un style pompeux, voire présomptueux. Que je cherchais à imiter des auteurs tels que Zola ou Hugo. Je me sentais insulté, vexé. Un soir, ledit professeur m’a pris en aparté et m’a dit : « Raimbault, vous écrivez bien, et ce que vous racontez est intéressant. Mais, par pitié, écrivez ce que vous avez à écrire puis, une fois ceci fait, réécrivez-le en remplaçant toutes les virgules pas des points. Tout ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Encore aujourd’hui, j’applique ce conseil à la lettre. De sorte que je suis ému quand je reçois des messages de lecteurs qui me disent que la lecture des Odysséens est facile et agréable. Certains se vexent quand on leur dit qu’ils écrivent simplement. Moi, je prends cela pour un compliment et je pense à Monsieur Rignault, parti trop tôt.

    Et puis, je vis mes personnages. J’entends par là que je les côtoie depuis si longtemps que c’est comme s’ils étaient des individus que je connais. Ces personnages sont devenus des membres de ma famille.

    Enfin, j’adore jouer avec le lecteur. Chaque chapitre comporte son lot de rebondissements, et il n’est pas rare que je me fasse traiter de noms d’oiseaux (dans le bon sens du terme) par des lecteurs.

    Revenons un peu en arrière. Lorsque tu as achevé le premier tome des Odysséens, est-ce que tu envisageais de passer par l’autoédition ?

    Absolument pas ! J’ai fait comme tous les écrivains en herbes : j’ai envoyé mon manuscrit aux plus grandes maisons d’édition. Refus, refus, refus… Puis, il fut accepté. J’ai fêté cette grande nouvelle avant de comprendre qu’il s’agissait d’une maison d’édition à compte d’auteur (l’auteur paye pour être publié). J’ai rejeté cette offre et j’ai persisté à proposer mon manuscrit. Refus, refus, refus… Jusqu’à ce qu’une vraie maison d’édition, à compte d’éditeur cette fois, me renvoie un avis favorable. Mais leur proposition m’a déplu. Non seulement je devais céder tous mes droits contre un paquet de chips et une bouteille de soda, mais ils me demandaient de modifier l’intrigue, et de transformer ma saga en « one shot ». Les éditeurs sont frileux à publier des sagas, surtout quand il s’agit d’un primo auteur. Je ne voulais pas contenir les Odysséens en 80 000 mots. J’ai alors regardé du côté de l’autoédition. J’ai ainsi découvert KDP (l’outil d’autoédition de Amazon). Je me suis aussitôt dit : « c’est ce qu’il me faut ! » Je me suis renseigné plus en détail. Utiliser KDP représente certes un surcroit de travail, mais je n’ai pas à payer pour être édité, je n’ai pas à travestir mon intrigue pour satisfaire un comité de lecture et en plus de cela – et c’est loin d’être négligeable – ça paye très correctement.

    Dans le cadre de des tes anciennes activités, tu donnais des conférences aux Utopiales (plus grand salon de SF français, qui se tient tous les ans à Nantes), et tu étais connu dans le milieu de la robotique. N’aurait-il pas été facile pour toi d’approcher un éditeur français ?

    Fondamentalement je suis un technicien, un programmeur ou encore un chef d’entreprise, et cela ne me donnait aucune légitimité auprès des éditeurs. Certes, j’avais une réputation dans le domaine de la robotique, mais aux yeux des éditeurs, j’étais une machine à rédiger des business plan. Mais justement, les milliards de business plan que j’ai rédigés sont, d’une certaine façon, des romans. Il faut raconter une belle histoire (et non des histoires) aux investisseurs pour qu’ils se décident à placer trois ronds dans une société.

    Concernant les conférences, j’en ai donné un paquet, mais être un bon orateur ne signifie pas être un bon écrivain. Non, mon expérience dans le milieu de la robotique et de l’évènementiel ne m’a pas servi pour partager avec vous Les Odysséens. Seuls Frederic Boisdron, rédacteur en chef de la revue « planète robot », qui a rédigé la préface du tome 1, ainsi que certains relecteurs, m’ont aidé. Si les Odysséens rencontrent un succès, ils ne le doivent qu’à eux seuls.

    Parle-nous un peu de ta vision du milieu littéraire. Ce qu’entre nous, tu as appelé « l’écrivain 2.0 » Qu’entends-tu par-là ?

    Je vais m’aventurer à quelques métaphores pour exposer les choses telles que je les vois : les gens vont de moins en moins au cinéma et se font des soirées « binge watching » sur des plateformes de streaming telles que Netflix ou Disney+. D’autres, sinon les même, ne vont plus chez Darty pour acheter un aspirateur, mais commandent en ligne sur Amazon. On va de moins en moins au restaurant alors qu’on se fait livrer des plats gastronomiques, ou même de la mal bouffe, par Deliveroo. Les taxis sont en voie de disparition, écrasés par le service Uber. Les friperies sont incapables de tenir la distance face à Vinted. Les brocantes de villages se vident de leur substance car on trouve tout sur « le bon coin ».

    Le monde a changé. Il en est de même pour le monde de l’édition.

    Aujourd’hui, l’immense majorité des lecteurs ne va plus chez le libraire, à la Fnac ou dans les salons littéraires pour choisir un livre, même si certains continuent (et c’est une bonne chose qu’ils continuent, je ne peux que les soutenir). Mais il est clair que le paradigme a changé. Désormais, une grande partie des lecteurs « consomment » sur liseuses numériques. En conséquence, les auteurs n’ont plus besoin de passer par un comité de sélection éditorial. Ils vivent un âge d’or, dans lequel ils peuvent soumettre directement à l’appréciation des lecteurs ce qu’ils ont écrit. C’est une véritable révolution dans la façon de partager la création et la connaissance. Des auteurs libres et indépendants. J’irais même jusqu’à comparer cela à la révolution de l’invention de l’imprimerie par Gutenberg. Il avait libéré les auteurs des copistes. Des systèmes comme KDP et autres libèrent les auteurs des comités de sélection. Des auteurs sont frustrés de ne pas avoir été sélectionné par le comité d’une maison d’édition. Ce fût mon cas. Aujourd’hui, je n’en ai cure. Des gens lisent « Les Odysséens » au Canada, aux USA, en Australie, en Allemagne, en Angleterre et même en Amérique du sud ou encore à Taiwan… Et tout cela, je le gère depuis le fauteuil de mon bureau, dans ma petite maison perdue dans la campagne limousine. C’est ça, être un « Écrivain 2.0 », être libre de faire ce que bon nous semble. Je crois que jamais une telle liberté n’a existé pour exprimer nos idées, qu’elles soient fictives ou réelles. Les seuls juges, ce sont les lecteurs. Cela me va très bien, étant entendu que j’écris pour eux.

    De jeunes auteurs et autrices demandent souvent comment on devient écrivain. Quels conseils pourrais-tu leur donner ?

    Je vais répondre de façon succincte, et peut-être un peu vulgaire : Poser ses fesses derrière son ordinateur, puis écrire les 3 premières phrases. Le reste vient naturellement et n’est que travail, travail et travail. Désolé pour l’abus de langage car en fait, non, ce n’est pas du travail ! On devient écrivain quand on en arrive à détester ce qu’on a écrit. Au début, on se dit que notre production est nulle (et c’est vrai), puis, à force de bosser, on se dit que ce n’est pas si mal que ça. C’est le piège dans lequel tombent beaucoup de jeunes auteurs ! Tant qu’on aime ce que l’on a écrit, alors on n’est pas écrivain. Il faut apprendre à être écœuré par nos écrits, mais à les accepter malgré tout. Ce moment venu, vous tenez enfin votre livre entre les mains. Nul, pas trop mal, génial, écœurant… Si vous atteignez cette quatrième étape, celle du dégout, alors ça vaut le coup de faire lire vos bafouilles à autrui. Si vous en êtes encore à l’une des trois étapes précédentes, gardez votre texte pour vous et cravachez pour en venir à le détester. Si vous saviez à quel point j’écrirais différemment les 3 premiers tomes des Odysséens, à présent. Mais ils sont comme ils sont, et j’aime les détester… Et je déteste les aimer. Pour moi, là réside le secret : S’y mettre, puis bosser jusqu’à être fier de soi, pour enfin se dire qu’on a écrit quelque chose de grotesque. Je n’ai pas la science infuse. C’est juste mon opinion. Mais je n’envoie mes chapitres aux relecteurs que lorsque je ne supporte plus de les lire.

    Ta saga s’imbrique de manière presque intime avec les œuvres de Arthur C. Clarke et Isaac Asimov. On sent que la SF fait partie de toi, que c’est beaucoup plus qu’un simple loisir. Comment ces influences nourrissent-elles ton imaginaire et ta vie ?

    Mon premier contact avec la Science-fiction s’est fait quand j’avais 11 ou 12 ans. Je venais d’entrer au collège. Mes parents n’étaient pas du tout contents de mes résultats scolaires, donc j’étais privé de console de jeux, de la voiture radiocommandée, de l’ordinateur…. Je m’ennuyais ferme dans ma chambre. À part un lit, un bureau, le « Bescherelle » et un « Quid », il n’y avait pas grand-chose pour m’occuper. Un soir, ma mère m’a tendu un livre en me disant : « Fabien, je veux que tu fasses quelque chose de tes dix doigts. Lis ce livre ». Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était « Le Renégat », écrit par « Cordell Scotten ». Ce roman se déroule dans l’univers d’un énigmatique « Isaac Asimov ». Plus par dépit qu’autre chose, j’en entrepris la lecture. Trente pages plus tard, j’étais à l’autre bout de galaxie en compagnie de robots et d’extraterrestres. Ce fut un coup de foudre instantané. Plus que cela même… Une révélation ! J’ai dévoré tous les romans de l’univers d’Asimov, achetant avec mon argent de poche ceux que ma mère, grande fan de science-fiction, n’avait pas dans sa bibliothèque. À 16 ou 17 ans, j’ai lu un recueil de nouvelles d’Isaac Asimov. Dans la préface, il racontait son amitié et son admiration pour Arthur C. Clarke. Il n’en fallait pas plus pour piquer ma curiosité. Je me suis alors empressé de me procurer la série des « Odyssées de l’espace », mais aussi des « Rama ». Second coup de foudre. J’ai alors réussi à dénicher une vieille VHS du film. Je n’oublierai jamais ce visionnage, effectué avec pour seule compagnie un pack de bières. Car c’est ainsi qu’il doit être vu, même Asimov le disait.  Je me suis dit alors que ce serait super chouette de lire un bouquin mélangeant leurs univers respectifs. Je suis devenu un lecteur de SF compulsif, mais je ne retrouvais chez aucun autre auteur le plaisir que j’avais à lire ces deux géants. Sous le regard bienveillant de mon professeur de français de seconde et première, et bénéficiant de ses conseils avisés, j’ai entamé la rédaction de « La menace » devenu la trilogie « A 2000 années lumières de chez soi ».

    Il y’a quelques années, j’ai découvert les romans Peter F. Hamilton et j’ai été fasciné par sa narration. (Les intrigues en elles-mêmes n’étaient pas mon truc, mais la façon de les raconter, alors là, pardon, c’est absolument génial) . Du coup, j’ai décidé de réécrire « A 2000 années lumières de chez soi » en m’inspirant de cette manière qu’a Hamilton de conter une histoire. Cela a débouché sur « Les Odysséens » tels qu’ils sont aujourd’hui. Je précise que je ne cherche en aucun cas à copier ces grands auteurs, j’en serais bien incapable. Je désire juste leur rendre hommage à travers une intrigue qui m’est propre. J’espère que j’y réussis. 

    Une inquiétude récurrente chez les amateurs de sagas, tient au fait que l’auteur ne pense pas toujours à la fin de son histoire. Maintenant que le tome 5 des Odysséens est sorti, tu as bouclé ta saga ! Un conseil pour George RR Martin ? (je plaisante)

    Je comprends parfaitement cette inquiétude. En tant que lecteur, j’ai moi-même été victime de ce genre de déconvenues. « Les Odysséens » proposent une vraie fin, qui fut imaginée avant même la rédaction des premiers synopsis et des premières lignes. L’histoire et les personnages sont au service de ce dénouement. Je n’ai pas écrit « Les Odysséens » au fil de l’eau. Avant même de rédiger le premier chapitre du premier tome, j’avais écrit des synopsis détaillés de chacun des chapitres de chaque tome.

    À la base, ce devait être une trilogie reprenant les grands axes de « A 2000 années lumières de chez soi ». Puis, au fur et à mesure de la rédaction, j’ai dû revoir mon découpage. À l’évidence, je n’arrivais pas à faire tenir cette histoire en trois livres. C’est la seule concession que j’ai faite à l’intrigue : la redistribuer pour mieux la raconter.

    Tu m’amènes vers une question traditionnelle : As-tu une routine d’écriture ? Travailles-tu avec un plan ou te laisses-tu guider d’abord par ton instinct? 

    Quand je me mets à écrire, c’est pour 6 heures d’affilé au minimum. Ce peut être de six heures du matin à midi ou encore de 16 heures à 22h, ou de minuit à 6 heures du matin. Au bout de six heures d’écriture, je n’arrive plus à me concentrer. Saloperie de corps humain !

    J’ai des enfants en garde alternée, donc je dois aussi tenir compte de cela. Quand ils sont chez leur mère, « Les Odysséens » deviennent ma priorité et je leur consacre tout mon temps. Même si parfois, je ne fais absolument rien ! En fait si ! Je fais des trucs qui semblent sans intérêt, mais qui sont hyper importants : je regarde des documentaires sur la fabrication les lasagnes industrielles ou sur la culture des avocats, voire même des émissions telles que « Norbert commis d’office ». Durant ces moments, mon esprit s’évade et c’est là que « Les Odysséens », dans leur forme finale, se modélisent. Puis, sans que je ne sache pourquoi, vient un moment où je lève les fesses de mon canapé pour me mettre devant mon ordinateur. Il m’arrive aussi de passer une semaine entière à relire les précédents volumes, car j’y trouve des points qu’il me faut préciser pour assurer la cohérence entre les tomes. Pour résumer, aucun rythme d’écriture particulier, si ce n’est que je m’impose de me lever le matin, quelle que soit l’heure à laquelle je me suis couché la veille. Le reste se fait à l’impulsion du moment.

    J’écris en musique, et cela à pour moi une importance capitale car la musique me permet de donner une « couleur » au livre en cours. Le tome 1 a été écris sur du Daft Punk, le tome 2 sur du Kavinsky, le tome 3 sur du Dua Lipa et le 4 sur du Amy Winehouse.

    Une fois un chapitre achevé, je le laisse mûrir quelques temps sur mon disque dur (entre une semaine et 3 mois) avant d’y revenir dessus et de le réécrire (ou pas, d’ailleurs).

    Quels logiciels utilises-tu pour écrire ?

    Word, tout simplement. Je vais beaucoup sur Google pour vérifier certains points sur lesquels j’ai des doutes (il y’a une part importante de Hard-SF dans mes romans, et il m’arrive souvent de devoir vérifier que je ne raconte pas n’importe quoi).

    Un grand merci à Fabien pour avoir accepté de jouer le jeu de cette interview. On espère vous proposer une nouvelle rencontre, pourquoi pas, pour la sortie de son nouveau cycle !

    Les odysséens, disponible en Kindle et broché sur Amazon

  • Remède rapide anti-déprime

    Si vous vous sentez un peu déprimé, lisez ce qui suit ; ça pourrait vous aider. Il y sera question d’astrophysique, mais plus que cela, d’imagination. Faisons ensemble un petit exercice de pensée.

    Imaginez que vous vouliez vous libérer du champ de gravité terrestre. Pour y parvenir, il vous faudrait atteindre la vitesse de 11,2 km/s, environ 40 320 km/h. Rapide ? Plutôt, oui. Ce ne fut réalisé, à notre connaissance, qu’à partir des années 1950.
    Élargissons notre horizon. Imaginez que vous vouliez quitter la gravité du soleil. Cet exploit vous demanderait cette fois-ci une vitesse de 617,5km/s. Soit 2223000 km/h. Admettez que ça commence à être très, très rapide. (Et on supposerait bien sûr, pour les besoins cette expérience, que vous ne seriez pas de la fondue dispersée dans l’espace. C’est ce qui a tendance à arriver quand on approche trop près d’une étoile).
    Pourquoi faudrait-il aller plus vite pour quitter l’orbite du soleil que celle de la Terre ? Car la vitesse de libération dépend de la masse et de la taille de l’objet (de son champ de gravité) que vous voulez quitter. Or, le soleil est bien plus massif que la Terre (330 000 fois plus).

    Jusque-là, tout va bien (si vous n’avez pas fondu.) On comprend que plus un objet est massif, et plus il faut de vitesse pour échapper à sa gravité. Or, qu’est-ce qui va très, très vite ?
    Albert Einstein a prouvé dans sa théorie de la relativité qu’aucun corps matériel ne peut se déplacer plus rapidement que la lumière. Cette dernière se déplace dans le vide à la vitesse hallucinante de 299 792 km/s. Oui, c’est super rapide. 1079251200 km/h. Autant dire que la lumière n’a pas de soucis à se libérer des champs gravitationnels. N’est-ce pas ? La lumière est libre, grâce à sa vitesse. Libre d’aller où bon lui semble, sans restrictions.

    Hum. Pas exactement. Figurez-vous que même la lumière, oui, même elle, n’est parfois pas assez rapide. Il existe des astres si massifs que la lumière ne parvient pas à s’en échapper. Comme aucune lumière ne s’en échappe, si l’on cherche à les observer, ces astres apparaissent en noir. C’est pour cela qu’on les appelle des trous noirs. Est-ce que vous parvenez à imaginer à quel point ils sont massifs ? Ces astres attirent des galaxies entières. Fascinant, effrayant. Nous vivons dans un univers où des forces colossales sont à l’œuvre. Les astrophysiciens et les physiciens quantiques ont coutume de dire qu’ils ne comprennent rien à ce qu’ils étudient (il est étonnant de constater que parfois, les plus grands génies sont aussi les êtres les plus modestes).

    Alors, vous allez me dire, c’est très bien, mais en quoi est-ce que ça vous aiderait à vous sentir mieux ? Nous y voilà : si la lumière elle-même manque de vitesse, alors que dire de vous ? Vous courez entre 10 et 13km/h. Excusez-moi, mais un photon fait sept fois le tour de la Terre en une seule seconde. On ne joue pas dans la même catégorie. Ne croyez-vous pas que vous avez sans aucun doute le droit de ne pas être tous les jours aussi efficace, performant, solide, fort, courageux, infaillible, équilibré, patient, lumineux, rayonnant, marrant, disponible, solide que vous le voudriez ? Est-ce que vous n’auriez pas le droit de vous accorder des baisses de régime ? D’avoir un jour sans ? De pleurer ? De juste rester sous la couette ? De vivre comme vous le voulez, au rythme qui est le vôtre ?

    Peut-être que vous vous sentez déjà un peu mieux ? Mais ce n’est pas tout. J’ai une bonne nouvelle pour vous.
    Il existe quelque chose qui n’est pas un corps matériel et qui n’est soumis à aucune limite physique. Quelque chose qui s’affranchit de toutes les règles et que rien ne peut retenir. Quelque chose qui n’a même pas de vitesse. La bonne nouvelle, c’est que ce quelque chose, vous le possédez. Nous le possédons tous.
    Il s’agit de la pensée.
    Si rien ne peut retenir la pensée, cela signifie que rien ne peut retenir les êtres qui ont la capacité de penser.
    Ce qui fait de vous, en tant qu’êtres pensants, probablement les êtres les plus libres de tout l’univers.
    Vous n’allez pas, vous n’irez jamais plus vite que la lumière. Il y a d’ailleurs peu de chance qu’on ne fasse qu’approcher cette vitesse. Mais vous êtes plus libres que la lumière. Réfléchissez un peu à ça. La lumière ne peut pas imaginer s’échapper d’un trou noir. Votre pensée et votre imagination sont des baguettes magiques. Grâce à elles, tout est possible, tout est permis. Vous pouvez entrer et sortir des trous noirs, visiter Andromède, Orion, vous promener près du mur de Planck, retourner dans le passé, aller dans le futur, devenir quelqu’un d’autre. Vous pouvez ramener de ces odyssées extraordinaires des textes, des musiques, des peintures, ou simplement des idées ou des sensations que vous garderez pour vous. Comment se fait-il que tant d’êtres humains aient oublié qu’ils possédaient un tel pouvoir ? Nous sommes tellement pressés que nous oublions à quel point nous sommes lents. C’est peut-être cette lenteur qu’il nous faudrait se réapproprier pour retrouver un sens à l’existence. Ce sens qui semble nous échapper.

    Gardez ça dans un coin de votre tête, et quand vous vous sentirez cafardeux, retournez vers cette idée : vous êtes l’être le plus libre de l’univers.

  • Survivre aux critiques littéraires : Comment réagir face aux avis négatifs

    Postulat de départ : Vous écrivez, et vous avez décidé de partager votre roman au grand public. Vous vous sentez plus ou moins sûr de vous, mais vous êtes déterminé. Après tout, vous avez lu quantité de blogs d’auteurs, vous en suivez un grand nombre sur les réseaux sociaux, en bref vous avez deviné que ce ne sera pas un long fleuve tranquille, mais vous avez la flamme.

    (Cet article est écrit au masculin pour alléger le texte, mais peut-être lu au féminin. Mon site internet se veut un espace bienveillant et tolérant dans lequel l’expression de chaque inidividu sera respectée.)

    Votre roman est maintenant publié, félicitations (ce que je viens de faire s’appelle une ellipse). C’est un accomplissement en soi ! Vous avez fait preuve de ténacité, vous avez cru en vous, et c’est admirable. Il est donc naturel de ressentir de la fierté, et beaucoup d’amour pour votre bébé de papier. Vous voilà le papa ou la maman aimante de ce nourrisson pour lequel vous projetez un avenir grandiose.

    Au début, tout se passe bien, bébé prend du poids, les critiques de vos betas lecteurs / relecteurs / correcteurs / chroniqueurs affluent et sont globalement positives. Vous avez des étoiles dans les yeux, des papillons dans le ventre et vous avez même troqué le whisky contre le thé vert.

    Jusqu’à ce que le drame survienne (généralement, après 30 minutes de film ou vers la page 50 : on appelle ça un noeud dramatique).

    XoR789 (le nom a été modifié) déboule avec ses gros sabots, son absence de compréhension des règles élémentaires de la grammaire et de l’orthographe, et vous expédie un vieux scud des familles. Vous ne l’aviez pas vu venir, celui-là ! Vous imaginiez que le monde entier accueillerait votre nouveau-né avec bienveillance, en lui faisant des gazouillis sous le cou et en prenant des voix chelou. Peinard dans votre cosy, un thé vert à la main, vous réfléchissiez à la future famille nombreuse que vous n’alliez pas manquer de créer. Mais XoR789 vous ramène à la réalité, au monde impitoyable de la création littéraire et au whisky sec. Non, tout le monde ne va pas s’extasier devant votre nourrisson. Non seulement certains ne vont pas l’aimer, mais ils ne manquent pas de moyens pour propager leur parole : Facebook, Insta, Threads, X, Babelio, Sens critique, c’est un arsenal disponible 24h/24 et 7 jours / 7.

    On va tenter de décoder un peu tout cela. Tout d’abord, je vais vous rassurer : Si XoR789 existe bel et bien, vous allez découvrir qu’il ne se cache pas forcément là où vous croyiez (ce que je viens de faire s’appelle une promesse narrative). Revenons avant cela au postulat de départ : Cela fait partie du jeu de s’exposer à la critique lorsque l’on publie un roman. Que vous le vouliez ou non, à partir du moment où vous décidez de publier, vous entrez dans un BUSINESS. Peut-être que ce mot vous écorche les oreilles (c’est mon cas). Votre idéal littéraire et artistique se heurte peut-être aux arcanes du commerce (c’est mon cas). Mais que vous le vouliez ou non, une fois publié, votre livre devient un produit et vos lecteurs deviennent vos clients. Plus tôt vous intégrerez cette prémisse de base, plus tôt vous serez en mesure de réagir aux critiques avec détachement. Ne faites pas comme moi, qui ai mis quinze ans à ne pas le comprendre (je commence seulement à l’accepter). Les personnes qui achètent votre livre ont des attentes. Si celles-ci sont déçues, il est possible qu’elles l’écrivent. C’est leur droit. Elles ne vont pas nécessairement se soucier de l’impact de leurs mots ou de la manière dont elles l’expriment.

    Les critiques positives, c’est bien. Elles flattent l’égo et favorisent les ventes de votre livre. Certaines d’entre elles vont faire votre journée. Vous voyez, il n’y a pas grand-chose à dire de plus à leur sujet. Vous voulez récolter le plus possible de critiques positives, c’est légitime. Pourtant, aucune critique positive ne vous fera oublier les critiques négatives. Celles-ci, je les classe en deux catégories : Les critiques constructives et les critiques destructrices.

    La critique constructive. En général, elle est rédigée par un connaisseur, voire un érudit, une personne qui sait s’exprimer, qui a des références dans le genre auquel appartient votre oeuvre, et qui fait l’effort d’écrire un texte argumenté. Pour autant, ce rédacteur livre souvent le fond de sa pensée et n’hésitera pas à tirer à boulets rouges si nécessaire. Ces critiques vont vous titiller. Mais elles sont précieuses et peuvent vous aider. D’une part, elles montrent aux lecteurs potentiels que votre texte est lu et provoque des réactions. Un roman avec 55 avis uniquement positifs semble toujours un peu suspect… En outre, en posant le doigt sur certains points faibles de votre texte, le chroniqueur va vous aider à repérer des axes d’amélioration possibles. Ce n’est pas ce que j’appelle une mauvaise critique. À partir du moment où le chroniqueur reste bienveillant et poli, que ses arguments sont étayés, considérez qu’il a surligné à votre intention des éléments qui clochent, que vous pourrez rectifier dans un prochain récit (si vous trouvez qu’il a raison). Vous pouvez également ne pas être d’accord avec ses remarques, mais reconnaître qu’elles sont exprimées de manière civilisée et qu’au bout du compte, ce chroniqueur a pris le temps de réfléchir à votre travail.

    La critique destructrice. XoR789 est de retour. Vous le craignez plus que tout. Voilà un client insatisfait, qui le clame, mais qui à l’inverse du chroniqueur ci-dessus, ne va pas mettre de formes ni effectuer de recherches de fond. Il se contente de vous démolir. Ce peut être une phrase lapidaire (je ne comprends pas comment un roman aussi naze a pu être publié, poubelle), un adjectif expéditif (nul), un jugement péremptoire (je ne lirai plus jamais rien de cet auteurice), voire aucun argument, mais une seule étoile sur Amazon qui va plomber votre référencement. Si argumentation il y a, elle peut se révéler d’une mauvaise foi totale. Il est même possible que XoR789 n’ait pas lu un seul de vos livres, mais qu’il décide de s’en prendre à vous sur un réseau quelconque. XoR789 n’effectue pas un travail journalistique. Il exprime son mécontentement et il le fait sans prendre de gants. Ses intentions sont nébuleuses : il n’a pas aimé ce que vous avez dit dans une interview. Il écrit lui aussi et cherche à nuire à la concurrence que vous représentez, ou bien il ne supporte pas sa frustration éventuelle. C’est peut-être juste un troll à la recherche d’une cible : oui, ces cas de figure sont possibles, ils existent. Mais la vérité se trouve peut-être ailleurs. XoR789 pourrait simplement être un client mécontent, qui note votre produit comme il le ferait de n’importe quel autre achat. Il ne fera pas d’effort particulier pour écrire une critique constructive, parce qu’il n’en voit pas l’intérêt. Et c’est en réalité votre ressenti qui, dans ce cas précis, peut provoquer des dégâts et vous plonger dans une déprime plus ou moins longue. Tadam : peut-être que c’est vous-même qui créez XoR789 ! (ce que je viens de faire s’appelle un rebondissement, et il répond à la promesse narrative faite plus tôt).

    L’impact psychologique. Je ne connais aucun auteur qui aime recevoir une critique négative, qu’elle soit constructive ou destructrice. Ce n’est jamais agréable. Mais on l’a vu, ça fait partie des règles. La manière dont vous y réagirez dépendra de multiples facteurs. J’ai une révélation pour vous : C’est vous-même qui déterminerez la force de cet impact. Vous n’êtes pas responsable de la déception d’un lecteur et de la manière dont il l’exprime. Par contre, vous êtes responsable de la manière dont vous le recevez. Par « responsable », je veux dire que c’est la manière dont vous construisez vos schémas mentaux qui va déterminer votre réponse psychologique. Reprenons l’image initiale : si votre livre est votre bébé, vous percevrez chaque critique négative comme une agression envers ce bébé et envers vous-même, son créateur. Vous le prendrez personnellement et vous chercherez à protéger votre nourrisson. Creusons plus loin dans cette direction : si vous souffrez d’un trouble d’estime de soi, cette critique causera une déflagration, qui va vous ramener aux multiples précédents du même genre. Toutes ces critiques vont s’aggripper à vous, s’accumuler, devenir un poids. Ce poids va amplifier l’impact de la prochaine critique négative. Vous y réagirez d’une manière excessive, parce qu’en réalité, c’est votre identité et votre personnalité que vous chercherez à défendre. Il ne s’agit pas de votre oeuvre : il s’agit de vous-même. Quelle sera la suite ? Vous voudrez répondre à la critique. Vous allez argumenter, vous allez vous braquer. Vous allez vous justifier. Vous allez perdre de vue que la personne en face de vous est un client. Ce n’est pas vous qu’il critique : il a exprimé sa déception ou son mécontentement face à un produit qui ne lui a pas donné satisfaction, qui n’a pas répondu à son besoin. Vous vous enfoncerez dans une guerre de tranchée sans issue, avec l’objectif de lui prouver que vous, en tant qu’individu, avez de la valeur. Non seulement vous ne ferez pas changer d’avis votre interlocuteur, mais vous prenez le risque de faire flamber votre colère (réaction à l’attaque de votre identité) et au final, vous passerez aux yeux des témoins de cet échange pour un auteur égocentrique incapable d’accepter la critique. Alors que le problème n’est pas là. En réaction, vous vous en voudrez, de cette image que vous avez abîmée, mais aussi et surtout de ne pas vous comprendre vous-même. Cet épisode vous ramènera aux multiples épisodes antérieurs qui sont comparables. Vous voilà embarqué dans un cercle vicieux, une vrille dont il devient difficile de sortir. Image de soi abîmée > critique négative > attaque sur l’image de soi > réaction de défense > détérioration de l’image de soi > etc…

    La conséquence, à terme, sera l’apparition ou l’amplification de l’auto-sabotage dont vous êtes peut-être déjà la cible (voir mon article à ce sujet).

    La réponse à donner aux critiques négatives. Si vous ne vous reconnaissez pas du tout dans le chapitre précédent, cela signifie que vous avez une estime de soi suffisament forte pour ne pas vous sentir menacé par une critique négative. Vous faites la part des choses, vous savez tourner la page et vous concentrer sur votre planning et sur vos soutiens. Il s’agit d’une force non négligeable lorsque l’on se lance dans ce business. A l’inverse, si vous vous reconnaissez dans ce tableau, j’ai plusieurs choses à vous dire. La première étant qu’il ne faut pas desespérer. Ce type de schéma n’est pas une fatalité ! Mais il ne va pas se défaire tout seul. Vous aurez besoin de soutien. Vous devrez aussi cesser de vous juger : Non, vous n’êtes pas anormal(e), vous n’êtes pas fou, vous n’êtes pas égocentrique, vous n’êtes pas un(e) drama queen. Vous souffrez d’une estime de soi endommagée, ce qui n’est pas votre faute. Ce peut être pour de multiples facteurs. Ces facteurs, vous devrez les chercher, les comprendre, et vous ne pourrez sans doute pas y arriver seul(e). Vous devrez sortir des processus d’auto-dénigrement et cultiver la bienveillance envers vous-même. Dans mon cas, j’ai suivi plusieurs thérapies, qui m’ont révélé que j’avais un cerveau qui ne fonctionnait pas tout à fait de la même manière que la plupart des gens. Ce fonctionnement différent m’a occasionné de très nombreuses incompréhensions dès la petite enfance. Ces incompréhensions ont abouti à des incidents qui ont déglingué l’image de moi et la construction de ma personnalité. Plusieurs séances d’hypnose m’ont permis de remettre mes émotions à zéro et de me détacher de certaines attaches psychologiques. J’ai pu me défaire de nombreux poids. Pour autant, le code de fonctionnement de mon cerveau, lui, ne changera pas. Je suis hypersensible, entre autres choses. Un concept complexe que je ne vais pas développer ici, mais qui est mal compris et souvent confondu avec de la fragilité psychologique et une incapacité à gérer ses émotions. Bref, il y a queles jours, j’ai failli retomber dans mes anciens travers, à la suite d’une critique qui ciblait frontalement mon estime de moi (pour résumer : une accusation de plagiat – vite démentie). Cette critique fut suivie par les attaques virulentes d’une personne qui n’avait même pas lu le texte critiqué, mais qui avait décrété que je ferais mieux de ne pas écrire et que je faisais perdre leur temps aux lecteurs (sic). Ce genre de situation, chez moi, se paye au tarif de nuits blanche, de ruminations et de remises en cause hors de proportions (je vous renvoie vers mon article sur l’auto-sabotage). Cependant, cette fois, ce fut différent. J’ai failli retomber dans mes schémas. J’ai dérapé, reculé de plusieurs mètres, mais je ne suis pas tombé au fond. Je me suis raccroché in extremis, du bout des doigts. C’est une différence énorme. Et je sais que j’y suis parvenu grâce au travail effectué en thérapie et à travers l’hypnose.

    Comment répondre à ces critiques : vous n’êtes pas tenu d’y répondre ! Personne ne vous y oblige. C’est d’ailleurs l’option la plus sage, surtout si vous êtes hypersensible, si vous avez mal dormi, ou si êtes dans un jour « sans ». Mais si vous tenez à le faire malgré tout, je vais vous offrir le conseil d’un ami expérimenté en relations publiques : endossez le rôle du vendeur qui fait face à un client insatisfait. Votre client a dépensé du temps et de l’argent pour votre produit. Dites-lui que vous êtes désolé que le produit n’ait pas répondu à ses besoins. Vous pouvez ajouter que vous espérez qu’il sera davantage satisfait la fois suivante. Cette réponse a deux avantages : elle désamorce d’emblée tout risque d’incendie en calmant les émotions négatives du client (et de vous-même). Et elle vous montre comme une personne ouverte, calme, capable d’accepter la critique. Vous en sortirez gagnant. Le type de réponse dépend en outre du média incriminé. Il est fortement déconseillé de répondre aux critiques Amazon ou Fnac, en bref des vendeurs en ligne. Pour Babelio, c’est à vous de voir. Tout comme pour les autres réseaux sociaux. Il n’est jamais agréable de voir son oeuvre se faire descendre en flèche sur un groupe FB qui rassemble une forte communauté. Il est légitime de vouloir répondre, mais posez-vous la question : Qu’est-ce que j’ai à y gagner ? Dans le cas cité précedemment, une accusation de plagiat, je ne pouvais pas laisser passer cela. Croyez-moi, je m’en serais volontiers dispensé. Mais l’attaque me semblait trop grave pour passer outre. L’auteur du post a modifié sa chronique suite à mes remarques, mais je m’en suis tiré avec du plomb dans l’aile : nuits blanches, ruminations, etc… Restons positifs : j’en ai tiré quelques enseignements. Le premier étant que plus vous avez de succès, plus on parle de vous.

    En conclusion : La majorité des chroniqueurs sont bienveillants et fournissent un travail de qualité. Parmi cette énorme pouponnière que constitue le marché éditorial, ils aident à faire connaître votre bébé en papier. Ils vous donnent de la visibilité. Les critiques négatives peuvent être constructives ou destructrices, mais dans les deux cas, elles en disent parfois plus long sur vos schémas psychologiques que sur votre ouvrage. La manière dont vous les recevez peut vous éclairer sur votre fonctionnement. Une manière optimiste et constructive d’envisager les rapports humains, consiste à se dire que l’on peut tirer un enseignement de toute situation, et que cet enseignement sera profitable à l’avenir. Avant tout, ne perdez jamais de vue un élément essentiel : Le fait de recevoir des critiques négatives est le signe indéniable que vous êtes lu. Plus vous serez lu, plus vous recevrez de critiques. Être lu, c’est bien pour cela que vous avez choisi de vous lancer dans cette aventure un peu (beaucoup) folle, pas vrai ?