Je sais qu’en France, on parle peu du Canada. Le deuxième pays le plus grand du monde en superficie reste écrasé par son encombrant voisin à la bannière étoilée. Pourtant, le Canada constitue un laboratoire expérimental en ce qui concerne de nombreux sujets. Son actualité est perturbée et l’an prochain se tiendront des élections qui pourraient bien être parmi les plus importantes de sa jeune histoire.
Laboratoire ? Du point de vue écologique, le Canada se réchauffe deux fois plus rapidement que le reste du monde. Plus on va au nord, et plus le réchauffement s’accélère. On peut donc déjà anticiper certains évènements qui se produiront ailleurs, que ce soit la fonte des glaces, la disparition rapide de très nombreuses espèces végétales ou animales, et les feux de forêt cataclysmiques qui ont sévi durant l’été 2023.
Laboratoire de l’immigration. Dans un monde qui tend à refermer les frontières, le Canada avait ouvert en grand les vannes pour pallier son déficit de population et de main-d’œuvre. On assiste actuellement à un mouvement de manivelle tout aussi brutal en sens inverse : du jour au lendemain, plusieurs décisions ont été prises par Ottawa afin de réduire drastiquement l’immigration. La pression du Québec en ce sens est loin d’être négligeable. Ce qui se passe dans la belle province est à considérer avec attention : le nationalisme Québecois a le vent en poupe et les discours proposant de reconsidérer le référendum sur l’indépendance sont de retour. On sent que ce n’est pas une simple lubie : les Québecois en parlent de plus en plus, dans la rue, dans les journaux, sur les réseaux sociaux. Le drapeau à fleur de Lys fleurit aux balcons. Lors du dernier référendum de 1995, le « non » l’avait emporté de justesse (50,58%). Ce qui avait d’ailleurs amené le gouvernement fédéral à voter une loi indiquant le caractère spécifique de la Région, lui donnant de fait une position à part.
Pour rappel, le Canada est une Fédération (et une monarchie constitutionnelle) constituée de 10 provinces et 3 territoires, qui ont toutes une assemblée législative et un 1ᵉʳ ministre. Les provinces décident de leur fonctionnement sur la santé, l’éducation, les impôts, les routes, etc… Le gouvernement Fédéral, lui, a en charge l’international, les grandes orientations stratégiques, la défense, et se partage la question de l’immigration avec les provinces (ce qui ne va pas sans heurts !). Les prochaines élections fédérales auront lieu l’an prochain, en 2025.
Le Parti libéral de Justin Trudeau est en très grande difficulté. Plusieurs députés ont récemment écrit une lettre pour demander sa démission, mais il semble déterminé à mener la prochaine campagne. Actuellement, les sondages donnent une très large avance au Parti conservateur de Pierre Poilievre, réactionnaire typique de notre époque : climato-sceptique et complotiste, anti-woke assumé, à peine moins radicalisé que Trump sur de nombreuses questions sociétales. Son élection serait un nouveau coup dur pour les défenseurs de l’écologie, de la protection sociale et des minorités. L’arrivée de Poilievre au pouvoir marquerait surtout la naissance d’un bloc nord-américain d’extrême droite inédit dans l’histoire mondiale. Les conséquences d’une telle alliance sont difficiles à anticiper. L’impact sur le Québec, notamment, serait puissant. Le nationalisme Québecois diffère largement et sur de nombreux points du nationalisme du Parti conservateur. Il n’est pas insensé d’imaginer une implosion du Canada, pour ne pas dire autre chose.
Bien sûr, les élections auront lieu dans un peu moins d’un an, et les sondages actuels n’ont pas une grande valeur prédictive. Le problème, c’est qu’on voit mal comment le Parti libéral pourrait relever la tête, en proposant la même recette qui a échoué ailleurs dans le monde dans toutes les élections récentes. Si le bipartisme n’est pas marqué aussi fortement qu’aux USA, il est tout de même prégnant. Le NPD, seul parti d’opposition qui propose une vision du monde alternative et progressiste, est ainsi considéré comme trop à gauche par de nombreux Canadiens.
Un an après l’élection de Trump, et quelques mois après les élections législatives allemandes, elles aussi à risque, le vote Canadien aura des conséquences importantes sur la région nord-américaine, mais aussi dans le monde entier. Difficile de dire dans quel état se trouvera notre planète à ce moment-là, tant les instabilités sont nombreuses. Mais ce sera à surveiller de très près. Un Canada qui verserait vers l’extrême droite serait un clou de plus dans le cercueil du monde, l’assurance d’une condamnation à court terme de l’environnement. Un Canada qui, au contraire, s’afficherait comme un bastion de résistance face à son voisin surpuissant, s’imposerait comme une Nation forte et enverrait un signal d’espoir aux défenseurs de la planète et aux progressistes, notamment européens ou d’Amérique du Sud.

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