• L’identité Canadienne mise au défi par les menaces de Trump : une opportunité pour s’affirmer ?

    Donald Trump n’a pas attendu d’être en poste pour tester la solidité des lignes économiques et diplomatiques. Ses déclarations choc sur le Canada, le Groenland et Panama ont ainsi fait couler beaucoup d’encre, sans que l’on puisse savoir si elles relèvent de lubies passagères ou d’une stratégie planifiée. Mais ces déclarations, et les réactions qui les ont suivies, donnent matière à réfléchir. Une vision optimiste de la situation consisterait même à y voir une opportunité, pour le Canada, à changer de dimension.

    Le Canada se classe au 10ème rang des puissances économiques mondiales. Ce n’est pas un petit joueur. Il s’agit d’une démocratie forte, où les indicateurs en ce qui concerne les droits de l’homme sont parmi les plus élevés, même si de nombreux défis restent à relever (sur les droits des peuples des Premières Nations, entre autres). C’est un pays qui s’était ouvert à l’immigration massive sous l’impulsion de Justin Trudeau, ce qui a généré de nombreux bienfaits sur différents niveaux de la société. Pourtant, de nombreuses lignes de fractures existent, et on peut se demander si ces déclarations du nouveau président américain visaient à les révéler et à tester leurs résistances.

    L’économie canadienne, tout d’abord, comment se porte-t-elle ? Bien, contrairement aux déclarations du parti conservateur. Elle a plutôt bien remonté la pente depuis la pandémie. Selon les données officielles :

    L’inflation est passée d’un sommet de 8,1 % en juin 2022 à 2,9 % en janvier, puis à 2,8 % en février 2024. Le marché du travail demeure vigoureux. On compte aujourd’hui au-delà de 1,1 million de travailleuses et de travailleurs de plus qu’avant la pandémie, ce qui représente la reprise de l’emploi la plus rapide des pays du G7. Les salaires réels (salaires rajustés en fonction de l’inflation) sont à la hausse, ce qui veut dire que le pouvoir d’achat de la population canadienne s’est accru, en moyenne. Et l’économie canadienne est en croissance.

    Le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) prévoient que le Canada connaîtra la plus forte croissance économique du G7 en 2025. 

    Son ratio de la dette nette au PIB est bien inférieur à celui de ses pairs du G7. Les déficits sont modestes et en baisse, surtout par rapport à la taille de l’économie canadienne. Le Canada est l’un des deux seuls pays du G7 à avoir une cote AAA d’au moins deux des trois principales agences de notation mondiales. 

    Cette économie repose en grande partie sur les ressources naturelles (bois, pétrole, minerai, eau), mais également sur les technologies de pointe, notamment les IA, secteur qui a connu de très gros investissements. Mais sa grande faiblesse tient dans son interconnexion avec les USA, (notamment via l’ACEUM, qui a remplacé en 2020 l’ALENA, l’accord de libre-échange nord-américain), dont elle dépend presque exclusivement. Une dépendance dont Trump laisse penser qu’elle est à sens unique. Selon un article paru dans La Presse le 16 janvier 2025 :

    Nos entreprises (du Canada) vivent cette interrelation au jour le jour. Nos exportations vers les États-Unis représentaient 469 milliards de dollars en 2022, soit 71 % de l’ensemble de nos exportations (662 milliards), selon les données récentes les plus fiables de Statistique Canada1.

    Environ 12 % des emplois canadiens et 17,8 % de notre PIB dépendent des exportations vers les États-Unis (au Québec, c’est 11,4 % et 12,2 %).

    Les conséquences d’une hausse des tarifs douaniers par les USA sont estimées à une perte de 500 000 emplois en Ontario et 100 000 au Québec. Selon Byron Lew, professeur d’économie à l’Université Trent, cela aboutirait à un effondrement du dollar canadien, et à une hausse des taux d’intérêt. Et le professeur Lew ajoute :

    Les effets d’un effondrement de la monnaie vont toucher tout le monde, dans tout le pays, d’un bout à l’autre, sans exception.

    L’enjeu est donc clair. Pour l’instant, les menaces de Trump ne sont que des mots. La réponse doit donc d’abord être diplomatique. Faisons un tour d’horizon du paysage politique canadien.

    Politiquement, le Canada est une fédération, où le pouvoir se divise entre les provinces et le fédéral. Le parti libéral au pouvoir, se contente de survivre. Il a suffit d’une pichenette de Trump pour le faire exploser, provoquant la démission de Justin Trudeau, dont la place ne tenait plus qu’à un fil (il n’est pas encore remplacé, ce sera fait au printemps. Sauf si nous allons vers des élections anticipées). La nation est fortement divisée entre ses parties anglophones et francophones, et pas seulement en ce qui concerne la langue. Je l’ai écrit dans un article précédent: le nationalisme Québécois a le vent en poupe. L’élection de Pierre Poilièvre, chef de fil du parti conservateur, pourrait aboutir à un nouveau référendum sur l’indépendance de la belle province. Il serait bon d’anticiper les conséquences d’une telle décision, qui provoquerait une déflagration à grande échelle.

    Le Canada est également une monarchie. On tend à l’oublier, mais le chef de l’état reste la couronne britannique. En l’occurrence, le roi Charles III. Or, ce dernier demeure silencieux face aux menaces de Donald Trump. Comme le dit un éditorialiste :

    King Charles should stand up for Canada against Trump’s threats.

    En tant que citoyen canadien, je pose la question : Pourquoi le chef de l’État ne vient-il pas à la défense de son ancienne colonie ? Cette soumission de papier à l’ancien empire britannique fait-il encore le moindre sens aujourd’hui ? Ne serait-il pas l’heure pour le Canada de se débarrasser de ces reliquats royaux qui ne semblent s’illustrer que sur les billets de banque ?

    Au niveau culturel, la situation du Canada est complexe, et assez unique. Le melting pot dû à la politique d’immigration massive a ses bons côtés. Selon statistiques Canada :

    En 2021, plus de 8,3 millions de personnes, soit près du quart (23,0 %) de la population, étaient ou avaient déjà été des immigrants reçus ou des résidents permanents au Canada. Il s’agit de la plus forte proportion depuis la Confédération, dépassant le sommet précédent atteint en 1921 (22,3 %), ainsi que de la proportion la plus élevée parmi les pays du G7.

    Plus de 450 langues maternelles déclarées dans le recensement.

    Ce mélange produit également des incompréhensions, et un sentiment d’appartenance peut-être moins complet que d’autres pays. Les Premières Nations, elles, ont bénéficié d’un appui timide de la part du gouvernement Trudeau, mais d’un appui tout de même. Malgré des injustices persistantes et un racisme systémique qui perdure (n’en déplaise à M. Legault), il y a eu quelques améliorations. Ces avancées seraient à coup sûr brutalement remises en question avec l’arrivée au pouvoir du parti conservateur.

    Militairement, les Forces canadiennes constituent la 56e plus importante armée régulière au monde selon Radio-Canada. Son armée n’est pas très puissante, ni très bien équipée. Elle serait incapable de défendre les 8891 kilomètres de frontière qui séparent le Canada des USA. Mais, le pays fait partie de l’OTAN. En tant que tel, il est protégé par l’article 5 qui stipule qu’une attaque contre un membre de l’Alliance est considérée comme une attaque dirigée contre tous les Alliés (que se passe-t-il si un membre de l’OTAN attaque un autre membre ? Cette situation délirante n’a jamais été imaginée…).

    Une invasion militaire des USA constitue une idée grotesque. Un rattachement comme 51ème État se heurte également aux principes de réalité. Ces deux options sont exclues. Une guerre économique, elle, paraît d’autant plus plausible que Donald Trump semble ne pas comprendre que le déficit commercial américain, dû à l’achat du pétrole canadien, n’est pas une « subvention ». Selon le rapport récent de l’économiste Jim Stanford:

    Un nouveau rapport affirme que les États-Unis bénéficient au moins autant du commerce avec le Canada que le Canada en bénéficie.

    Le rapport, rédigé par l’économiste Jim Stanford du Centre for Future Work, déclare que les affirmations du président américain entrant, Donald Trump, selon lesquelles le déficit commercial bilatéral en biens constitue une « subvention » sont fausses.

    Il souligne que le Canada est le plus grand marché mondial pour les exportations américaines et que les États-Unis enregistrent un important excédent dans le commerce des services avec le Canada, compensant une grande partie du déficit en biens.

    Aussi déprimante et stupéfiante soit-elle, l’idée que les USA puissent s’embarquer dans un bras de fer économique et diplomatique avec son plus proche allié, est devenu une possibilité. Il semble pourtant évident que personne n’y gagnerait.

    Les provinces du Canada se sont réunies à Ottawa ces derniers jours afin d’établir une stratégie, dans l’espoir de faire front commun. Il n’y a pour l’instant que l’Alberta, sous la direction de sa Première ministre Danielle Smith, qui a refusé de signer la déclaration commune de la réunion des premiers ministres. Dans cette annonce, les provinces brandissent la menace de couper les exportations d’énergie vers les États-Unis, si le président américain mettait à exécution ses menaces tarifaires.

    Pour l’instant, tout cela reste théorique. Peut-être que Trump cherche à tester les limites et la solidité de ses alliés, ou de menacer la Chine à distance. Mais une chose est certaine, dans un monde instable à tous les niveaux, le Canada, pays jeune et qui cherche encore son identité, se trouve à la croisée des chemins. Peut-être est-ce l’occasion pour cette nation de s’émanciper de ses anciennes alliances et de s’imposer sur le plan géopolitique comme une nation encore plus forte, vraiment indépendante, capable de peser de tout son poids sur l’équilibre mondial. Le Canada en a les moyens !

  • Les marchands de vent

    🧐La littérature mainstream est une industrie, qui répond aux mêmes règles marketing que n’importe quelle autre industrie. On est en 2025 : un bouquin, c’est la même chose qu’un sachet de chips. Je suis heureux que grâce à Chat GPT, on mette un terme à cette hypocrisie qui voudrait nous faire croire l’inverse. Ce qui me pousse à écrire ce texte rageur et naïf, ce sont deux évènements concomitants. D’abord, une pub que le vent des algorithmes a fait échouer sur la plage de mes scrollings :

    ChatGPT has made the process of writing a best-selling book easy.
    But once the book is written how do you get it published and selling?
    Designrr has unleashed a software that allows you take your ChatGPT content, blogs, word docs, etc and with lightning fast speed and customizable templates convert them into stunning ebooks.
    Once published, simply upload it to Amazon and start selling !

    (on peut en conclure que les algorithmes sont sacrément cons, s’ils n’avaient pas encore capté que je suis un radical left lunatic de la pire espèce et que leurs produits de destruction intellectuelle ne m’intéressent pas.)

    🤑Je ne vais pas traduire la pub (vous pouvez demander à une IA, ah ah), mais en résumé, cette boîte, Designrr, vous propose de mettre en forme le contenu que vous demandez à Chat GPT, afin de le vendre en deux clics sur Amazon (et d’en faire un best-seller, ça va de soi). Exemple : vous demandez à ChatGPT d’écrire un livre de recettes de cuisine, vous fourguez le texte produit à Designrr (ou un de ses concurrents) et ce dernier vous moule à la louche sous les aisselles numériques un livre prêt à fabriquer. Vous foutez ça sur Amazon, puis vous n’avez plus qu’à suivre le cours des cryptomonnaies (ou charger une boîte spécialisée de s’en charger moyennant une com’) et à identifier un paradis fiscal pour y placer vos revenus. Les seules touches que vous aurez usées sur votre clavier auront été CTRL C et CTRL V.

    😵‍💫Les techno entrepreneurs vendent du vent à des éoliennes, qui les recyclent vers les nuages, qui les transforment en pluie, qui les vendent aux marchands de parapluies, et la boucle de notre stupidité est bouclée.

    Ce système m’enchante chaque jour par sa capacité à se réinventer sans cesse, et à nous proposer de nouveaux besoins inutiles, surgis d’addictions hormonales elles-mêmes créées par ce système. La dopamine n’a jamais circulé en telles quantités, on pourrait en remplir de pleines piscines. Ou la mettre en bouteilles. Pour la vendre.

    Si les cataclysmes nucléaires, écologiques ou épidémiques ne nous ont pas tous tués, vous pouvez vous attendre à voir déferler sur les étals 2.0 une avalanche de bouquins ineptes, écrits et fabriqués sans qu’aucune réflexion humaine n’ait été impliquée à aucun moment. Et le plus beau, c’est qu’ils pourront être créés à la chaîne. On pourra ainsi automatiser ces processus. Ce n’est pas un seul livre de cuisine que vous pourrez publier, c’est une dizaine. Une vingtaine. Par jour. (vous pourrez varier vos repas !)

    Vous allez me dire : « où est le problème ? Ça n’empêchera pas les vieux pourris de gauche dans ton genre d’écrire leurs récits dystopiques honteusement orientés ». Et c’est vrai. Pourtant, nul besoin de hautes connaissances en arithmétique pour comprendre que s’il est difficile de faire exister son livre parmi 60 000 autres, ce sera encore plus difficile si on ajoute des tas de zéros. Et que fatalement, ce sera de plus en plus difficile d’exister comme auteur et autrice (déjà que bon, on va pas se mentir, c’est pas exactement simple). Moins que zéro, comme l’écrivait un auteur que j’affectionne et qui sait décrire la vacuité de nos ambitions.

    Mais cet autre évènement dont je vous parlais en introduction, quel est-il ? Une maison d’édition créée, développée et soutenue par des humains, vient de fermer ses portes. Les moutons électriques, emblème de la littérature de science-fiction française, a mis la clé sous la porte. Deux évènements en apparence sans rapport, mais qui au contraire, nous prouvent que le monde de la création a basculé pour de bon. À vous de juger si c’est pour le mieux.


    Traitement en cours…
    Terminé ! Vous figurez dans la liste.
  • Le techno-fascisme au pouvoir : stratégie globale ou bouffonneries de trolls 2.0 ?

    2025 débute comme 2024 s’est terminée : sous les cris victorieux des néofascistes et avec la grande dépression des progressistes. Comme le disent les commentateurs — plus ou moins générés par IA — sur les réseaux sociaux : « on se délecte des larmes des gauchistes. » La victoire de Trump et du complexe techno fasciste américain, la désagrégation de l’Union européenne, la glissade autoritariste et réactionnaire de nombreux pays à travers le monde auraient presque pu occulter l’apocalypse climatique en cours (bien que les deux soient liées), si les incendies de Los Angeles ne s’étaient pas déclarés. En résumé, si l’on se définit comme progressiste, la situation paraît catastrophique. On pourrait écrire un livre sur le comment en est-on arrivés là, mais je préfère m’intéresser aux valeurs que l’humanité a choisi d’embrasser. Car c’est bien d’un choix qu’il s’agit. Donald Trump a été élu, après tout. Ce choix, donc, quel est-il ? Il me paraît essentiel de le rappeler, pour démentir les fables lues sur ces réseaux créés et dirigés par des idéologues d’extrême droite, ces narrations dans lesquelles les partis libertariens viendraient au secours de la redoutable oppression gauchiste et LGBTQ+, (les terrifiants « woke »), la cancel culture qui empêche de « dire tout ce qu’on veut », le camp du BIEN contre celui du MAL. Le fait est que nous assistons depuis quelques années à un renversement progressif de la réalité historique. L’Histoire peut être critiquée, débattue, c’est même un exercice sain, mais qui doit être encadré et éclairé. Il existe des faits indiscutables, documentés. Les contredire, c’est faire du révisionnisme. Des affirmations du genre « l’homme n’a jamais marché sur la Lune » ou bien « Le NSDAP était un parti de gauche » ont comme objectif de déstabiliser la pensée, inverser le réel et manipuler les masses. Or, ces fables prennent une nouvelle ampleur sous la puissance des réseaux sociaux. Ainsi, Elon Musk et sa nouvelle amie de l’AFD ont récemment redéfini Hitler comme « communiste ». La loi de Brandolini est devenue une stratégie de guerre cognitive. (la loi de Brandolini stipule que « la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter de fausses affirmations est supérieure d’un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire »). Il est facile et rapide de lancer que Hitler était communiste. L’assertion a beau être grotesque, elle demande des heures de recherche et de rédaction pour être démentie, ce qui laisse le temps aux trolls de lancer deux, cinq, dix autres affirmations du même ordre, qui se propagent à la vitesse des réseaux sociaux et convertissent rapidement de nouveaux adeptes.

    Revenons aux valeurs triomphantes de la droite libertarienne. Quelles sont-elles ? D’abord, caractériser autrui comme un moyen de parvenir à ses fins ou un nuisible. La déshumanisation comme concept fondamental. Dans ce Nouveau monde, la solidarité n’existe pas, devient contre-productive. Elle est coûteuse, donc malvenue. C’est un monde de chiffres et de ratios, qui tolère les alliances tant qu’elles suivent la même ligne. C’est un monde qui distingue les individus en catégories binaires : rentables / non rentables, productifs / profiteurs, alliés/adversaires, hétéros/anormaux. Les extrémistes ne s’embarrassent pas d’empathie ou de compassion : les nuisibles, « anormaux », fauteurs de trouble, doivent être identifiés et écartés. Il suffit d’écouter les discours de Trump : il ne s’en cache pas. Ainsi, il a déclaré dans cette interview sur Fox news en octobre 2024 (avant l’élection présidentielle) :

    “I think the bigger problem is the enemy from within. We have some very bad people. We have some sick people, radical left lunatics. It should be very easily handled by, if necessary, by National Guard, or if really necessary, by the military.”

    On note qu’il parle ici ni plus ni moins, d’envoyer l’armée s’occuper de ses opposants politiques. Et plus loin, dans la même interview :

    « The “enemy from within” is more dangerous than China, Russia and all these countries.” 

    La fenêtre d’Overton bée si grande qu’on devrait la rebaptiser porte Phrygienne (du nom des portes de la ville de Troie, dans l’Illiade).

    Les mots sont importants. Les progressistes ont des idées neuves (ce qui ne veut pas dire qu’elles sont toutes bonnes). Les réactionnaires ont de vieilles idées (ce qui ne signifie pas qu’elles sont toutes mauvaises). Mais au final, c’est la narration qui importe. C’est-à-dire, la vision globale véhiculée par ces mots. Le premier mandat de Trump nous a habitués à ses bouffonneries sinistres. Cette avalanche de fake news, d’éjaculats de pensée projetés sur les réseaux sociaux à chaque heure, comme si votre tonton bourré, en roue libre, utilisait un mégaphone au cours d’un réveillon de Noël sans fin. Les menaces directes de Trump contre le Canada, le Groenland et Panama sont d’un autre calibre, et ont stupéfait les experts en géopolitique. Menacer des gens aux opinions différentes, des transexuel(le)s et des migrants est scandaleux de la part d’un dirigeant élu, censé défendre et garantir le respect des libertés fondamentales. Intimider des nations souveraines démontre un changement d’échelle. Pourtant, il n’y a pas de contradiction entre ces revendications impérialistes et l’isolationnisme mis en avant lors de la campagne. Ces deux politiques en apparence divergentes partagent le même but : restaurer la toute puissance américaine, selon des valeurs blanches, masculinistes, chrétiennes, colonialistes. Cette vision était clairement annoncée par le projet 2025 du camp Trump. L’individu et homme d’affaires Trump utilisait les autres à son avantage. Il fait de même, en tant que POTUS, avec les autres nations. Si vous écoutez ses déclarations sur les migrants, vous comprendrez vite que ce populiste est dénué de toute empathie.

    Autre indice, lors de son premier mandat, Trump fut le président qui autorisa le plus d’exécutions de prisonniers.

    Jamais aucun président des États-Unis n’aura autant exécuté que lui en 130 ans ! À lui tout seul, il aura approuvé l’exécution du quart des prisonniers dans le couloir de la mort. (France Inter, 10 décembre 2020)

    Selon cette logique, la vie humaine ne vaut que ce qu’elle rapporte. Il serait dangereux de sous-estimer son absence de scrupules et de morale, et au final, d’humanité. Cet homme, pas encore investi président (ce sera fait le 20 janvier), criminel maintenant condamné, a un agenda précis, fait sauter tous les contre-pouvoirs qui lui ont mis des bâtons dans les roues lors de son premier mandat, et deviendra dans quelques jours le chef des armées d’une superpuissance dont le budget militaire s’élève à 900 milliards de dollars. (En comparaison, le second de ce classement, la Chine, est en dessous des 300 milliards).

    Alors qu’il n’est pas encore en poste, Trump vient en quelques jours de menacer gravement la souveraineté de trois pays qui sont alliés des USA aux niveaux économiques, politiques et militaires, dont deux membres fondateurs de l’OTAN. Son idée grotesque de rattacher le Canada aux USA a rapidement aggravé la crise politique canadienne, qui a abouti à la démission du premier ministre Justin Trudeau. La France et l’Allemagne ont déjà mis en garde les USA officiellement, suite à ces velléités contre le Groenland. Quant à Elon Musk, un homme dont la fortune personnelle dépasse le PIB de nombreux pays, il s’est lancé en tournée de propagande au service des extrêmes droites mondiales, en piétinant les règles de la diplomatie internationale.

    Nous verrons dans les jours, semaines et mois à venir si ces délires outranciers sont sérieux, si cela fait partie d’une stratégie visant à peser sur les relations internationales, prendre l’avantage pour de futures négociations économiques, et/ou intimider la Chine à distance. Ou, dans le pire des scénarios, si nous assistons à la naissance d’une internationale fasciste poussée par les big techs. Peut-être est-ce surestimer Trump que de lui prêter des capacités stratégiques si évoluées. Une autre hypothèse non moins inquiétante serait qu’il soit un pion de Vladimir Poutine. Plus simplement, ce sont probablement des personnes dénuées d’empathie, narcissiques, qui ne comprennent que la force. Dans tous les cas, il faut toujours s’attendre au pire. « Qui veut la paix prépare la guerre« .

    Une chose est certaine, le monde de 2025 n’a pas besoin de déstabilisation et de motifs d’inquiétude supplémentaires. Sans doute l’humanité aurait-elle davantage à gagner à se rassembler, à faire preuve de solidarité, à repenser sa place et ses responsabilités sur son écosystème, et à inventer de nouveaux modèles industriels, économiques et de gouvernance. Trop de mots compliqués, sans doute, à l’heure de cette guerre cognitive menée par des algorithmes surpuissants, qui favorise l’abrutissement de l’occident. Une guerre probablement déjà perdue.

  • NeuroNext est sorti !

    Plus de 12 ans après avoir eu l’idée d’une puce cybernétique, dix ans après le premier jet, NeuroNext s’est transformé en véritable roman (424 pages).

    Il est disponible en numérique (Kindle) et papier (version brochée). Est-ce que je prévois de travailler à une version Kobo, une version reliée et une version audio ? Tout dépendra de la demande et du succès ou non du livre.

    Est-ce que j’envisage une suite ? Même réponse ! Cet univers mérite des développements et j’entrevois beaucoup de possibilités. Mais il faut que l’enjeu me motive suffisamment. Pour l’instant, je suis épuisé. Cette sortie est le fruit d’un long travail, qui m’a laissé sur les rotules. Je vais d’abord souffler un peu, profiter de la fin d’année avec ma famille, ensuite on verra.

    J’en profite en tout cas pour remercier une fois encore Patrice Salsa de Labyrinthe[s, et toutes les personnes qui m’ont soutenu, conseillé, encouragé. Ils et elles se reconnaîtront.

    Merci aux lecteurs et lectrices qui se laisseront tenter par cette aventure !