• Se Libérer du Saboteur : Reconstruire son Image

    Récemment, un ami est venu me voir et nous sommes sortis au restaurant. Au cours de la soirée, je lui ai parlé de mon nouveau site internet, celui sur lequel vous vous trouvez en ce moment. Mon ami m’a lancé une phrase qui m’a ôté le sommeil pour quelques nuits. Il m’a dit ceci :

    Tu vas le garder combien de temps, celui-là ? Je veux te dire, il faut vraiment que tu arrêtes de détruire tes sites internets. C’est pas bon de faire ça. Ça ne renvoie pas une bonne image. Ça ne t’aide pas.

    Pour que vous compreniez ce qui se jouait au cours de cette discussion, je dois revenir en arrière. Il faut en effet que vous sachiez qu’au fil des ans, j’ai créé et supprimé un nombre important de sites internets voués à mettre en avant mon activité d’auteur. Je vais vous expliquer pourquoi. Les troubles de l’estime de soi faussent l’image que vous avez de vous-même. Au point que cette image peut en venir à s’imposer comme la réalité. À la manière du roi Théoden dans Le seigneur des anneaux, ou d’Anakin Skywalker dans Star Wars, vous vous retrouvez sous l’emprise de ces pensées destructrices. Ce que vous faites ne suffit pas. Ce n’est jamais assez bien. À quoi bon tenter, puisque vous n’y arriverez pas ? Vous êtes indigne de réussir. Indigne d’être heureux. indigne de vivre. Ces questions vous ont déjà fait mal ? Empêché de réaliser quelque chose ? Vous êtes probablement sous l’emprise d’un saboteur.

    Il y a peu de chances que ce squatteur indésirable fasse ses bagages tout seul. Deux pré-requis sont nécessaires pour se débarrasser de lui : le reconnaître. Puis chercher de l’aide. En santé mentale, les lignes droites n’existent pas. Les processus sont souvent longs, incommodes, faits de hauts, de bas, de tournants, de retours en arrière. Parfois, pour un pas en avant, vous devrez en faire trois en arrière. Mais l’important, c’est d’enclencher ce processus. Ne plus écouter ce saboteur qui s’est invité suite à insérer votre raison profonde et personnelle : trauma, atypie, autre…

    Un aparté : je ne suis pas thérapeute et mes articles se basent sur ma propre expérience. Celle-ci est forcément différente de la vôtre. Si mes mots peuvent vous aider, j’en serai heureux, car c’est leur but. Mais je vous invite à chercher des ressources compétentes proches de chez vous si vous en ressentez le besoin.

    J’ai longtemps vécu avec le sentiment d’être trop. Trop sensible. Trop exigeant. Trop intense. Trop colérique. Trop émotif. Trop amoureux. Trop imaginatif. Trop curieux. Trop impatient. Trop nerveux. J’entendais : « Tu exagères tout ! » ou encore : « Tu en fais tout un drame !  » Ces phrases ont contribué à fragiliser mon estime de moi. J’ai fini par y croire, d’autant plus facilement que j’étais enfant, en pleine construction de mon identité, lorsqu’on me les rabâchait tous les jours.

    Je n’étais jamais celui qu’il fallait. Alors, j’ai commencé à me comparer aux autres. Puis je me suis comparé à un être idéalisé que j’aspirais à devenir. Parfait ou presque, bien sûr. Inatteignable. Une chimère. Et à chercher une chimère, tout ce qu’on rencontre, c’est la déception. De déceptions en déceptions, les couleurs se fanent. Les goûts disparaissent. Les odeurs n’existent plus. Les rêves s’étiolent. Pourquoi croyez-vous que dans mon texte Vertigéo, le monde est en noir et blanc ?

    À force de se décevoir, de se comparer, de ne pas atteindre les objectifs impossibles que l’on se fixe, on renonce à soi-même. Pire, on cherche à se conformer à cette image déformée que l’on s’est construite. L’échec (ce que l’on voit comme tel) renforce le sentiment d’être soi-même un échec et devient réconfortant, puisque cela concorde à cette image que l’on a de soi. Si l’on poursuit sur cette route, on en vient rapidement à se saboter. On détruit ce que l’on crée. On nie ses réussites. Le syndrome de l’imposteur débarque et s’installe sur ce terrain favorable. Vous ne parvenez alors même plus à distinguer ce que vous faites bien. Tout est de travers, faussé. Si vous vivez cela ou l’avez vécu, vous savez de quoi je parle. Si vous ne savez pas ce que c’est, c’est heureux. Si vous pensez que c’est moche et difficile : oui, ça l’est. Ça l’est d’autant plus que les comportements induits par ce système de fausses croyances vous font faire des choix désastreux qui abîment votre image publique, si vous en avez une, voire peuvent ruiner votre carrière, vos relations, votre système de valeurs, tout ce qui est bon et bien dans la vie. J’en reviens à ce que m’a dit mon ami l’autre soir :

    Il faut que tu arrêtes de détruire tes sites internets. C’est pas bon. Ça ne renvoie pas une bonne image.

    C’est l’objet de cet article : expliquer pourquoi on fait ce genre de choses. On ne le fait pas par amusement. On ne le fait pas parce qu’on est bizarre, ou pour faire son intéressant. On le fait parce qu’on va mal et qu’on abrite un indésirable, un alien qui nous veut du mal. Détruire ce que l’on crée est une scarification mentale, l’équivalent psychologique de coups de cutter sur la peau.

    En quinze années d’écriture, je n’ai pas seulement foutu en l’air un nombre indéfini de sites internets : j’ai aussi supprimé plusieurs dizaines d’articles, certains de qualité et très documentés. J’ai perdu des textes entiers, des nouvelles achevées, des chapitres de romans. J’ai jeté certains de mes bouquins. J’ai arraché leurs pages. J’ai supprimé mes comptes de réseaux sociaux à de nombreuses reprises, m’obligeant à chaque fois à repartir de zéro. De moins que zéro, en réalité, puisque certaines personnes se lassent de ces attitudes et cessent de s’intéresser à vous, le/la drama queen. J’ai fini par saccager ma collaboration avec un éditeur après qui je courais depuis des années. On parle là d’un travail de dix ans, qui m’avait coûté trois manuscrits. Cela représente une somme de travail, de temps et d’énergie considérable. Figurez-vous que j’ai détruit cette collaboration en deux clics de souris et en un message lapidaire, me fermant moi-même des portes que j’avais eues tant de mal à ouvrir. Ce cas est particulier, puisqu’il s’inscrivait dans un contexte global difficile. En résumé, j’étais suivi pour dépression suite à un burn out, et je me sentais incapable de faire face à la masse de travail exigée pour un manuscrit. Mais j’aurais pu discuter. Négocier. Reporter ce travail. Au lieu de cela, j’ai tout envoyé balader. L’imposteur en moi était heureux de me prouver que je n’avais pas été capable d’aller au bout.

    Voilà où cette image corrompue de vous-même peut vous mener. Si vous persistez dans cette chute, vous réaliserez qu’elle n’a pas de fond. Il n’existe aucune limite aux abîmes dans lesquelles vous pouvez sombrer.

    Lorsque l’on parvient à enrayer cette chute et à se débarrasser de cette fausse image, que l’on se relève, doucement, on regarde ce champ de ruines avec consternation. Pas mal de regrets. Une culpabilité qu’il va là encore falloir combattre. Il n’existe en vérité rien d’irrattrapable. On est en vie, alors vivons ! Vivre, c’est continuer, persévérer, se relever. Se concentrer sur ses points forts. S’entourer de ses alliés les plus fidèles. Comme me l’avait écrit une autre amie :

    Tu devrais prendre soin des lecteurs qui te suivent, au lieu de regretter ceux qui ne te lisent pas.

    À l’époque où cette amie autrice m’avait écrit cela, j’en étais incapable. J’errais dans un monde en noir et blanc, mangé par la brume (les brumeux de mon roman Répliques ne viennent pas de nulle part). À présent, les couleurs reviennent. Je me regarde et je ne me reconnais pas. Je vais devoir apprendre à me connaître enfin. Pendant longtemps, j’ai cherché à me venger de celles et ceux qui m’avaient blessé, trahi, abîmé. Puis j’ai cherché à me faire mal afin de me punir de ne pas réussir à me venger. Aujourd’hui, j’ai compris que ces schémas mènent à la destruction et rien d’autre.

    Je veux que vous sachiez que vous pouvez vous en sortir. Vous libérer du saboteur et le foutre dehors, à grands coups de pied dans le derrière. Reconstruire votre image. Je vous en reparlerai, en vous partageant ma propre expérience.

    Dans un prochain article, je développerai plus en avant les concepts de compassion et de reconnaissance. Je vous expliquerai comment j’ai pu me débarrasser de ce saboteur qui me pourrissait la vie. Je ne peux pas vous le raconter en deux mots. Il m’a fallu plus de trente ans pour comprendre et commencer à voir la lumière. Peut-être que cet article vous donne déjà quelques pistes. Je le souhaite. N’hésitez pas à commenter ou à partager vos propres expériences. J’aimerais que ce site soit un lieu d’échange, dans le respect, la bienveillance et l’ouverture.

    Et surtout, prenez soin de vous.

    Si vous ne le faites pas, qui le fera ?

  • FUBAR

    Aussitôt que Béa a commencé à délirer sur les Ouzbeks, j’ai su que ce serait une longue journée. Il m’avait suffi de voir ses yeux rouges et vitreux pour capter qu’elle avait encore fumé trop de weed au réveil. Ça faisait flamber ses névroses. Béa alternait les obsessions improbables comme un milliardaire Saoudien s’offrait des bagnoles de luxe : une nouvelle par semaine. En ce moment, son délire c’était l’Ouzbékistan. Depuis qu’on avait rencontré Piotr, un clando qui errait de-ci de-là et qui baragouinait des insanités à propos de l’Asie centrale. Piotr accompagnait un chien (un bâtard hirsute mais sympathique, du genre à tirer la langue sans raison et à japper joyeusement), tapait la manche, fuyait les flics et sniffait de la colle. Béa s’était prise d’une affection pour lui qui confinait à la stupidité. Je n’ai rien contre les Ouzbèkes. Mais à mon avis, Piotr n’aurait pas hésité à la tabasser et à la dépouiller du peu qu’elle possédait si Béa n’avait pas toujours été accompagnée par l’un d’entre nous. L’empathie, c’est bien, je ne dis pas le contraire. Sauver sa peau, c’est encore mieux. Se balader dans la jungle urbaine comme le faisait Béa, avec son sourire naïf et son beau petit cul, ça frôlait l’inconscience. 

    Tout en marmonnant des sons pour faire croire à Béa que je l’écoutais, je sortis mon marqueur de ma veste et plaquai un gros FUBAR noir sur le côté de mon siège. Le geste était machinal, ma mémoire musculaire travaillait toute seule. Je pouvais poser le blaze de notre crew sans même m’en rendre compte. 

    Pendant la Seconde Guerre mondiale, les GI américains inventèrent un acronyme pour résumer le tableau lamentable qui s’offrait à eux en Europe et en Asie : Fucked Up Beyond All Recognition. Qu’on traduirait par un truc du genre : tout est foutu au-delà de l’entendement. Pour moi et mes chums, FUBAR prenait encore plus de sens à notre époque. D’une manière moins spectaculaire — encore que -, mais toute aussi violente. Cette violence ne s’exprimait pas de la même manière, voilà tout. En outre, chacune des initiales était celle de l’un d’entre nous : Frankreich, UllriK, Béa, Anti-G, Rahna. 

    On s’était agglutinés au fil de rencontres plus ou moins bizarres, et depuis on se baladait avec nos marqueurs, nos bombes et nos pochoirs, et on vandalisait l’espace public avec la joie démente des condamnés.

    FUBAR sur les trains, les bus, les murs, les toits, les poubelles, partout. Notre mégalopole ne portait pas de nom : c’était Paris, Toulouse, Grenoble, Rennes, Munich, Berlin, Prague, New York, Montréal condensés en un bocal de cornichons qui auraient mal tourné. Trop de vinaigre dans le vin, trop d’amertume sur les sentiers de bitume, trop d’électronique dans les systèmes. La folie rongeait nos terrains de jeu, ces toiles de béton et d’acier vendues aux publicitaires et génies maléfiques du marketing sans limites : des verticales, des horizontales, des perspectives qui n’en offraient aucune. La Ville. On se tatouait la peau pour y afficher des messages et des slogans, des symboles et des croyances héraldiques. On tatouait les murs pour les mêmes raisons. On graffait les bancs. Les voitures. Les portes d’entrée et de sortie. Les livres dans les librairies, les boîtes de conserve dans les épiceries. Les ascenseurs. Les cabas des vieilles qui faisaient le marché. Les cartons des clodos qui tapaient la manche. Merde, un jour, UllriK a même tagué Anti-G qui dormait de son sommeil d’ivrogne, allongé sous le soleil d’un parc jonché de crottes de chiens. On a même tagué les crottes de chien. 

    Quelques passagers du bus se sont retournées et ont froncé le nez quand j’ai ôté le capuchon du marqueur. Ça sent fort, cette peinture ! C’est parce qu’elle tient bien. Elle est conçue pour résister aux solvants utilisés habituellement par les équipes de nettoyage de la ville. C’est pas donné, mais hein, faut savoir ce qu’on veut, dans la vie ! On m’avait toujours dit que je n’avais pas d’ambition. Pourtant, c’était faux. C’est simplement que mes ambitions ne ressemblaient pas à celles d’un humain normalement constitué : argent, pouvoir, égo satisfait, dopamine boostée à grands renforts de likes et d’abonnés sur IG, FB, YT, TK, X, grosse bagnole, grosse maison. Mon ambition était que FUBAR soit affiché partout, tout le temps visible, où que le quidam pointe le regard. Que les yeux des badauds s’écorchent sur nos lettres en même temps que sur les arêtes des tours. Je m’en foutais pas mal d’être connu. Mon égo se dissolvait dans celui de mes comparses. Être connu, c’est souvent la première étape pour devenir un connard, pas vrai.

    J’ai demandé à Rahna si ça faisait de moi un pédé si je trouvais certains garçons très beaux. L’autre jour, je fumais un joint et je marchais le long d’un canal où des joggeurs vont et viennent. Et il y avait ce type avec des muscles bien dessinés mais pas difformes, avec quelques tatouages bien placés, et son visage était harmonieux et je me suis surpris à le regarder un peu comme j’aurais maté une jolie fille. Rahna m’a demandé si ça poserait un problème si j’étais gay, ou bi. J’ai répondu non, mais je voulais son avis quand même. Elle m’a dit que j’avais le droit de trouver quelqu’un beau sans forcément vouloir le baiser. Que si j’allais dans une galerie d’art, mettons, et que si je trouvais un tableau superbe, j’allais pas l’acheter ou le voler ou chercher à m’en emparer de gré ou de force. Que je pouvais trouver quelque chose ou quelqu’un beau et juste l’admirer et le laisser tranquille, et puis passer mon chemin en gardant le souvenir de cette image. Que vouloir à tout prix posséder ce qu’on trouve beau, c’était un archétype de domination issu de la pensée impérialiste, colonialiste et patriarcale et que c’était de la merde en boîte. Que c’était les milliardaires à la con qui pensaient de la sorte. Elle a dit qu’on valait mieux que ça et elle m’a embrassé sur la joue. Elle m’a dit pour terminer que pédé ou pas, elle me trouverait toujours super et que je devais moi aussi m’aimer pour ce que j’étais et aussi pour ce que j’étais pas. Je l’aime Rahna, j’aime tous mes potes, parce qu’ils ont tous un truc décalé et bizarre et quand on est au moins deux à être bizarres, on devient presque normal. Béa est naïve et Rahna est optimiste et ce n’est pas la même chose, même si ces deux traits se recoupent sur la bienveillance. Je ne sais pas si l’humanité vaut mieux que ça, comme le pense Rahna. J’aimerais en être convaincu, mais je ne le suis pas. J’imagine que c’est pour ça que je graffe.

    FUBAR, frère.

    (Extrait d’un truc qui deviendra peut-être un machin)

  • Lovecraft et King : visite sur les terres des maîtres

    Je n’ai jamais fait mystère de mon admiration pour les écrits de Howard Philips Lovecraft et de Stephen King. Différents dans leur style d’écriture, leur époque ou leur personnalité, ces deux mythes de la littérature américaine m’ont fortement influencé. Ils ont la particularité de m’avoir donné le goût de la lecture. En effet, les lectures imposées par l’école ne m’inspiraient pas vraiment. Sans doute parce qu’elles étaient exigées d’une part, et parce que ça venait d’une institution que je méprisais d’autre part. L’école restait pour moi cet endroit où l’on avait décrété que j’étais stupide et que je ne ferais rien de ma vie. Comment aurais-je pu faire confiance à son jugement pour ce qui concernait la lecture ?

    Ces deux auteurs originaires de la Nouvelle-Angleterre ont tout changé. HPL d’abord, que je découvris grâce à un de mes rares amis du collège, qui m’initia au jeu de rôle L’appel de Cthulhu. Emballé par cet univers, je m’étais plongé dans ces récits mystérieux et terrifiants, saturés d’adjectifs et de phrases à rallonge, dans un style désuet qui me paraissait très dépaysant. Après avoir dévoré ses œuvres les plus importantes, j’avais ressenti le besoin de lire des romans. Sur les conseils d’un libraire, j’avais acheté Marche ou crève. Ce fut une claque mémorable. J’avais ensuite enchaîné les romans de King comme un goinfre, passant même certaines nuits blanches en compagnie de ses personnages torturés.

    Aujourd’hui, j’évite de les relire, de peur d’être déçu. Les romans les plus récents de King ne m’ont d’ailleurs pas emballé, exception faite de 22/11/63 que je trouve magnifique. Mais ce que ces deux auteurs m’ont apporté ne s’effacera jamais. Ils m’ont fait aimer la littérature, tout simplement. Et cet amour inconditionnel ne me quittera plus jamais. Je me méfie des idoles, des héros. Je connais trop l’être humain pour ne pas savoir que chacun d’entre nous luttons contre nos parts sombres, et que l’idolâtrie mène à l’aveuglement. Mais certains humains nous font rêver, nous inspirent. C’est quelque chose d’essentiel, de positif, que l’on peut apprécier tout en gardant un regard critique.

    Cette longue introduction pour vous parler de mes voyages sur les terres de HPL et SK, la Nouvelle-Angleterre. Résidant à Montréal, il serait insensé de ne pas se balader dans ce coin sublime, qui entretient des rapports profonds avec le Canada. En effet, suite à la signature du traité de Paris en 1783, qui confirma l’indépendance des USA, environ 40 000 néo-américains fuirent vers les colonies de Grande-Bretagne, effrayés à l’idée de perdre le mode de vie auquel ils étaient habitués. Appelés Loyalistes, ils se réfugièrent en majorité en Nouvelle-Écosse, poussant à la création du Nouveau-Brunswick. Approximativement 8000 de ces loyalistes trouvèrent refuge au Québec, ce qui provoqua quelques frictions avec les francophones catholiques (et qui explique en partie quelques problèmes actuels).


    Providence – Berceau de HP Lovecraft

    En été 2023, nous avons donc entrepris un road trip qui nous mena d’abord à New York, puis dans la plupart des états de la Nouvelle-Angleterre : Connecticut, Massachusetts, et donc le Rhode Island, où se trouve la ville de Providence, berceau de Lovecraft. Le Rhode Island a la particularité d’être le plus petit état des USA, et l’un des plus pauvres. Ville la plus peuplée de Nouvelle-Angleterre après Boston, Providence personnifie les paradoxes extrêmes qui caractérisent l’Amérique : une ville très pauvre (28,2 % de la population vit sous le seuil de pauvreté), mais où l’on trouve l’Université Brown, qui fait partie de la prestigieuse et ultra-sélective Ivy league. Une ville gorgée d’histoire (elle est l’une des plus anciennes villes anglophones fondées aux USA et fut le lieu de la première bataille officielle entre britanniques et indépendantistes), mais qui peine à trouver sa place dans le monde moderne.

    En dehors de la vieille ville et du campus de l’Université Brown, la ville se constitue pour l’essentiel de bâtiments plus ou moins défraîchis, de parkings, d’épiceries vieillottes.

    Parcourir les rues de Providence laisse une impression étrange. Deux univers semblent coexister sans se rencontrer, séparés seulement par quelques blocs. HPL, lui, demeure au calme dans le très beau cimetière de Swan point. Une simple plaque sur le campus rappelle qu’il était un enfant de Providence. La maison dans laquelle il vécut lors de ses années en Nouvelle-Angleterre est toujours debout. Elle est habitée et n’est pas visitable. On ne sent en réalité pas un grand engouement autour de l’auteur, aucune réelle envie de le mettre en avant. (Il paraît qu’il existe une statue de lui quelque part, mais je ne l’ai pas trouvée…)


    Bangor – Ville de Stephen King

    En juillet 2024, nous avons visité une partie du Maine, afin de compléter notre tour de la Nouvelle-Angleterre. Nous avons évidemment fait un passage par Bangor, ville où réside Stephen King, et dont il s’est inspiré pour créer ses bourgades imaginaires de Derry et Castle rock. Il est d’ailleurs amusant de constater que King ne ménage pas ses concitoyens du Maine, qu’il traite volontiers de bouseux dans nombre de ses bouquins. Ces derniers ne paraissent pas lui en tenir rigueur. En cela, King est très différent de Lovecraft. Bien que très attaché à sa région, il ne se complait pas dans la nostalgie d’une époque qui n’a probablement jamais existé ailleurs que dans les fantasmes de HPL. Il n’hésite ainsi jamais à critiquer ouvertement Trump, pourtant très populaire dans les cantons du nord du Maine, notamment à Bangor. En tout cas, c’est un défilé de touristes devant sa maison, qui s’arrêtent souvent juste le temps d’une photo, sans même couper le moteur de leur voiture.

    Le reste de la ville, je vous en parlerai dans un prochain article qui couvrira plus largement nos road trips en Nouvelle-Angleterre. Disons en résumé qu’il y a beaucoup de parkings, que la bière y est hors de prix, qu’un authentique cinglé m’a fait penser à un personnage de King. En gros, ça ne fait pas très envie. Mais c’est aussi ça, l’Amérique.

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