Jacques Cartier, marin breton, est connu pour avoir découvert et cartographié les rives du fleuve Saint Laurent jusqu’à l’actuelle ville de Montréal. Au 16ème siècle, il a effectué trois voyages vers le Canada. On s’en souvient, les vikings avaient établi le contact avec quelques Nations autochtones (voir l’article précédent Préhistoire, Premiers peuples), le Gênois Jean Cabot avait redécouvert certains rivages de l’ouest en 1497, mais jamais un Européen n’avait exploré ces terres aussi profondément. Mais qui était-il, ce Jacques Cartier dont la statue se dresse fièrement sur les remparts de Saint-Malo ?

Statue de Jacques Cartier à Saint Malo

Né en 1491 à Saint-Malo, Cartier a été employé dans la navigation de commerce dès sa jeunesse. Cette période est mal documentée, mais il aurait navigué jusqu’à Terre-Neuve et en Amérique du Sud comme matelot, puis comme officier, et était reconnu comme l’un des meilleurs marins de l’époque. Il était surtout un ami de Jean Le Veneur, Grand Aumônier de France, qui jouerait un rôle déterminant dans sa carrière, comme on le verra plus tard.

Le 13 août 1532, l’édit de Plessis-Macé officialisa le rattachement de la Bretagne à la France, suite au mariage de Claude de France (la fille d’Anne de Bretagne) avec François 1er. Grâce à ce rattachement, le royaume de France accéda à trois ports puissants de la façade atlantique: Brest, Nantes et Saint-Malo, à l’expertise maritime d’équipages rodés, et à la puissance financière des armateurs bretons. Ces trois éléments permirent à François 1er d’organiser de grandes expéditions pour rivaliser avec l’Espagne et le Portugal. L’époque était à l’exploration de nouvelles terres, que les empires européens espéraient riches d’or et de pierres précieuses, mais s’inscrivait aussi dans le contexte d’une rivalité sanglante entre Charles Quint et François 1er, marquée par de nombreuses guerres. L’exploration et la colonisation devinrent des enjeux géopolitiques et stratégiques. La France n’avait pas digéré le traité de Tordesillas, signé en 1494 entre l’Espagne et le Portugal, qui partageait le monde entre ces deux superpuissances avec la bénédiction du pape. Cependant, les intérêts de la France restaient tournés vers l’Europe. Cette position changea suite au tour du monde de Magellan en 1522 et à la mission confiée à Giovanni Da Verrazano de trouver une route vers la Chine par le nord-ouest. Parti de Madère en 1524, Verrazano atteignit la Caroline du Nord, remonta vers le nord mais ne trouva aucun passage vers la Chine. (Il fut finalement tué par des autochtones dans les Antilles en 1528).

Jacques Cartier sur le Saint Laurent en 1535

François 1er, qui avait financé l’expédition de Verrazano, restait intéressé par les possibilités d’un accès à la Chine. Au cours d’un pèlerinage, le Roi rencontra l’Abbé du Mont Saint-Michel, qui n’était autre que le Grand Aumônier Jean Le Veneur. Ce dernier lui présenta Jacques Cartier et le recommanda. Il restait encore à obtenir l’accord du pape pour le partage des nouvelles terres. Ce dernier accepta d’amender le traité de Tordesillas, en précisant que ce dernier ne concernait que les territoires déjà découverts, relançant la course à la colonisation. C’est ainsi qu’en 1534, François 1er chargea Jacques Cartier de trouver cette supposée route maritime vers la Chine, et d’étendre l’influence et le territoire du Royaume.

Cartier embarqua la première fois depuis Saint-Malo le 20 avril 1534, avec deux navires et 61 hommes, pour un voyage au cours duquel il découvrit les Îles-de-la-Madeleine, l’Île-du-Prince-Édouard, le Nouveau Brunswick, la baie des chaleurs et Gaspé. Les Français rencontrèrent des Micmas avec qui ils firent un peu de troc, puis des Iroquoiens qui pêchaient le maquereau. Cartier fit ériger une grande croix ornée d’une fleur de Lys à Pointe de Penouille dans la baie de Gaspé, déclenchant les protestations du chef Iroquoien Donnacona. Cartier repartit pour la France le 25 juillet, mais il ne rentra pas seul: il emmena deux des fils du chef Iroquoien avec lui. Celui-ci avait-il donné son accord ? Peu probable, aux dires des historiens qui parlent plutôt d’un enlèvement pur et simple. Les résultats de cette première aventure furent décevants, mais les fils de Donnacona parlèrent à François 1er d’un « Royaume du Saguenay » qui regorgeait de richesses, et le Roi finança donc une seconde expédition.

Jacques Cartier et le chef Iroquoien Donnacona

Pour cette deuxième expédition en 1535, Cartier retourna à Gaspé avec trois navires (Grande Hermine, Petite Hermine et Émérillon) et 110 hommes. Il renoua contact avec le chef Donnacona et établit un campement près du village de Stadaconé, actuelle ville de Québec, mais sans demander d’autorisation. Les relations avec les autochtones commencèrent à dérailler : contre l’avis de Donnacona, qui ne voulait pas que les Français offrent leur aide à d’autres Nations, Cartier remonta le Saint-Laurent jusqu’à Hochelaga (actuelle ville de Montréal), où il rencontra en effet d’autres autochtones. C’est peut-être là qu’il entendit pour la première fois le mot Mohawk « Kanata », qui deviendrait plus tard « Canada ». Mécontent de l’attitude de Cartier, sans doute échauffé par l’enlèvement de ses deux fils lors du précédent voyage, Donnacona décida de laisser les Français se débrouiller avec l’hiver. De toute évidence, les difficultés de cette saison sous ces latitudes étaient inconnues à Cartier et à ses hommes. Ravagés par le scorbut, ils seraient sans doute tous morts si le chef Iroquoien n’avait pas changé d’avis, et envoyé un de ses fils leur préparer un remède local, la tisane d’annedda, qui leur évita le pire. 25 Français succombèrent tout de même et seuls 10 restaient valides en février. On ne peut pas dire que les Français se montrèrent reconnaissants : Au printemps, Cartier organisa une fausse réunion qui servit de prétexte à l’enlèvement de Donnacona, ses fils et d’autres autochtones, pour un total de 10 captifs qu’il ramena à François 1er. Ces 10 prisonniers ne revirent jamais leur pays de naissance et Donnacona mourut en France vers 1539. (Depuis Christophe Colomb, il était fréquent pour les navigateurs européens de ramener des autochtones, pour les exhiber dans des expositions exotiques, les réduire en esclavage, former des interprètes, et faciliter le financement de leurs futures expéditions.)

La troisième expédition de Cartier fut retardée par la guerre contre Charles Quint. Son ambition était d’une autre dimension : il s’agissait d’établir une colonie de peuplement au Canada. Cartier fut chargé de mener à bon port les 800 Français assignés à cette mission, tandis que Jean-François de La Rocque, seigneur de Roberval, avait la charge de la logistique et de la colonisation en tant que telle. La guerre contre l’Espagne modifia les plans : en 1541, Cartier partit en premier avec 400 hommes, et Roberval devait le rejoindre en 1542 avec le reste des hommes.

Les Français construisirent plusieurs forts, puis Cartier retourna à Hochelaga. En revenant à Stadaconé, il trouva la colonie attaquée par les Iroquoiens. (probablement énervés après l’enlèvement de leur chef Donnacona) Après avoir subit un siège durant l’hiver, Cartier décida de retourner en France fin mai, emportant avec lui non pas des autochtones, mais dix barils remplis de ce qu’il pensait être des pierres précieuses. Croisant l’escadre du sieur de Roberval à Terre-Neuve, qui se rendait au Canada, ce dernier lui ordonna de faire demi-tour. Cartier refusa et poursuivit vers la France. Ses pierres précieuses se révélèrent sans valeur, ce qui donna naissance à l’expression populaire :

Faux comme des diamants du Canada

François 1er, peu impressionné par de vulgaires cristaux de quartz et du pyrite de fer, refusa de rembourser l’argent que Cartier avait emprunté aux armateurs bretons.

Les expéditions de Jacques Cartier

Jacques Cartier mourut à Saint-Malo le 1er septembre 1557, et il fallut attendre le début du siècle suivant et Samuel de Champlain pour que la France s’intéresse de nouveau au Canada. Une histoire que j’explorerai avec vous lors d’un prochain article !

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