L’art est-il soluble dans le sans plomb 95 ?
Mon texte Pétrole Niveau Zéro (PNZ) poursuit son petit bonhomme de chemin. Il a récolté à cette date 8 critiques sur Babelio, ce qui est pas mal du tout pour une nouvelle publiée chez un éditeur indépendant qui ne brasse pas des millions d’eurodollars. Les lecteurs et lectrices semblent content.es, puisque la note moyenne est de 4,58 / 5.
Grâce vous en soit rendue, auguste lectorat !
Il ressort de ces critiques que PNZ est un pamphlet et qu’il produit le même effet qu’un coup de poing. Cri de rage, coup de gueule : des expressions qui accompagnent souvent mes écrits, alors la question se pose : Quelle intention m’a motivé à écrire PNZ ? Était-ce un besoin de déranger, de troubler l’ordre public, voire d’initier un mouvement de révolte ? Est-ce que je sus un dangereux éco-terroriste ?
Mes intentions, je le crains, n’étaient pas si élevées. Mais avant de vous les exposer, laissez-moi vous donner un aperçu de la place prise par l’automobile en Amérique du Nord.
Dans les villes Canadiennes, les infrastructures dédiées à l’automobile (rues, routes et stationnements) occupent en moyenne entre 70 % et 80 % des voiries, ce qui représente presque 20% de la surface totale de certaines villes. À Montréal, les espaces réservés aux voitures immobilisées totalisent plus de 22 km², soit une superficie équivalente à deux arrondissements complets.
En comparaison, les pistes cyclables prennent moins de 2% de l’espace et les voies de bus réservées moins de 1%.
L’artiste suédois Karl Jilg l’a parfaitement illustré avec ce dessin, dans lequel il a choisi de remplacer la place prise par les bagnoles par du vide.

À Montréal, 71 % des déplacements pour le travail se font en auto, 22 % en transport en commun et 7 % en vélo ou à pied.
Presque 2 fois moins bien que la moyenne en Europe.
Pourtant, Montréal est la deuxième ville d’Amérique du Nord en nombre de cyclistes et de passagers en métro. Imaginez dans les autres villes.
Mais ce n’est pas tout. Non seulement les bagnoles bouffent tout l’espace, mais elles souffrent d’obésité morbide : La taille moyenne des véhicules au Canada a augmenté de 18% au cours des 20 dernières année !
Les VUS et les camionnettes (pick-ups) représentent plus de 91 % des véhicules légers immatriculés. Toujours plus gros, toujours plus lourds.

En plus de tout ça, ça rend bête de conduire. À Montréal, les gens sont particulièrement énervés en voiture. Ils sont impatients, ne font pas attention aux piétons et engueulent les cyclistes.
C‘est donc en patientant pour traverser une rue que j’ai ressenti le besoin urgent d’écrire Pétrole Niveau Zéro.
Bloqué devant un passage piéton mal signalisé et à la peinture aux trois-quart effacée, j’observais ce flot ininterrompu de véhicules, et je comptais les passagers ; le plus souvent, il n’y avait que le conducteur. J’ai trouvé ce spectacle absurde, un non-sens. Je me suis questionné sur l’utilité réelle des voitures individuelles, sur les alternatives possibles, sur leur symbolique du capitalisme triomphant (qui a largement supplanté l’idéal du voyageur libre, voire hippie, des années 60 et 70 aux USA), sur leur coût écologique, sur leur capacité à devenir des armes par destination.
J’ai senti monter la pression et j’ai voulu ventiler mon agacement. J’ai d’abord envisagé de commander des mines anti-chars sur Temu, avant de me tourner vers une alternative davantage raisonnable : des mots, du noir jeté sur le blanc d’une page vierge. PNZ est d’abord un texte littéraire, pas un tract politique. Même si je fais partie de ceux qui pensent que tout acte créatif est par essence un acte politique.

Pour ceux et celles qui s’en inquièteraient, je ne suis pas un affreux écologiste radical moralisateur. Je ne vais pas surgir de sous votre lit avec un bloc de tofu et un vélo Decathlon. C’est vrai, je ne possède plus de voiture depuis 7 ans, c’était un choix et j’en suis ravi. Mais j’en utilise quand j’en ai besoin, en location ou avec Communauto, le système d’autopartage de Montréal. J’essaie en réalité de compenser mon bilan kerozène, puisque je prends l’avion tous les ans (une des joies de l’expatriation). En bref, je ne suis pas exempt de reproches, aucun d’entre nous ne l’est.
Avec PNZ, je voulais me défouler, tout en pointant du doigt la place démesurée de l’automobile dans nos vies, surtout en Amérique du Nord, et peut-être amorcer une réflexion sur les alternatives possibles ; exposer le coût environnemental, humain et moral de cette pseudo transition verte qui en réalité, ne résout aucun de nos problèmes de fond. On ne règlera pas la question du réchauffement climatique avec des moteurs électriques, mais avec une nouvelle vision du monde et un nouveau paradigme économique. (même si en vérité, il s’agit maintenant de limiter les dégâts plus que d’éviter une catastrophe).
Lorsque PNZ a été publié chez Flatland, je m’étais dit que s’il touchait quelques personnes, je serais heureux. Je pense que la mission est donc accomplie, mais peut-être que ce texte en a encore dans le réservoir. Si vous l’avez lu, si vous l’avez apprécié, prenez un peu de votre temps pour le noter sur Babelio, en parler à vos contacts et relayer sur les réseaux sociaux. Un like, un partage ont un énorme impact pour un auteur.e perdu dans la pollution algorithmique.
Je vous souhaite une belle route, en attendant que le réservoir affiche zéro.
PNZ est disponible sur le site des éditions Flatland ou sur commande à votre librairie préférée.


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